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Une ambition intime de Karine Le Marchand: Pour les politiques c'est un peu Voyage en terre inconnue

"Une ambition intime" présentée par Karine Le Marchand est diffusée à partir de ce dimanche 21h sur M6.

"Une ambition intime" présentée par Karine Le Marchand est diffusée à partir de ce dimanche 21h sur M6. - Pierre Olivier - M6

Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen, Arnaud Montebourg, et bientôt Alain Juppé, François Fillon ou Jean-Luc Mélenchon… Tous les candidats déclarés à la présidentielle se sont précipités sur le canapé de Karine Le Marchand pour son émission Une ambition intime, dont la première est diffusée dimanche à 21h sur M6. Un passage obligé mais risqué pour les politiques, explique pour RMC.fr Philippe Moreau Chevrolet, fondateur et président du cabinet de conseil en communication MCBG Conseil.

Philippe Moreau Chevrolet, est un communicant, fondateur et président du cabinet de conseil en communication MCBG Conseil.

"L'émission de Karine Lemarchand, Une ambition intime, c'est la même logique que celle de Laurent Ruquier. C'est de l'infotainement, mélange d'info et de divertissement. Les politiques sont obligés d'y aller parce que c'est la façon dont les Français consomment de la politique. Ils ne regardent plus les émissions purement politiques, mais sont intéressés par des formats plus people, plus divertissants, avec des logiques plus émotionnelles.

C'est un effet d'entrainement, à partir du moment où un acteur politique majeur accepte d'y aller, tout le monde est obligé d'y aller. Si vous n'y allez pas, d'abord vous laissez la place à vos adversaires et surtout vous n'apparaissez pas être dans votre époque.

Le message que vous renvoyez sera interprété par l'opinion comme un refus de parler à visage découvert, d'être transparent, de n'avoir rien à cacher. Même Jean-Luc Mélenchon, qui était pourtant assez réticent au départ, va faire des vidéos pour Gala en expliquant que son régime minceur c'est le quinoa.

"Ils risquent de se caricaturer"

Après, ce genre d'émission, c'est un peu Voyage en terre inconnue pour les hommes et femmes politiques français. C'est sûr qu'ils risquent de se caricaturer ou d'en faire trop, de vouloir trop montrer qu'on est jeune, qu'on est sympa, de trop larmoyer ou de jouer faux. La limite de l'exercice, c'est que les politiques ne sont pas des acteurs et que dans cette configuration à laquelle ils ne sont pas habitués, certains sont tentés de faire de l'Actors studio. Une ambition intime ne doit pas être la seule émission que l'on fait. Il faut que cela fasse partie d'une stratégie globale, et il faut à côté de ça construire une image présidentielle, forte, d'autorité qui soit incontestable. Et dans cette équation-là oui, montrer son visage personnel et être proche des Français c'est possible.

On ne peut pas juste faire du Lemarchand, du people, car les gens vous trouveront sympas et intéressant mais ne voteront pas pour vous. Or, le but c'est quand même que les gens votent pour vous. C'est ça qui est compliqué.

De l'importance de paraître "sympa"

Quand on vote pour quelqu'un, la décision est parfois prise sur des bases émotionnelles. On estime que pour certaines élections, jusqu'à 30% des gens se décident au dernier moment dans l'isoloir. Parfois ça se va être en fonction d'une émotion positive en faveur d'un des candidats. C'est le défaut dans la cuirasse de François Fillon ou d'Alain Juppé, voire d'ailleurs de Bruno Le Maire, de ne pas vraiment inspirer de sympathie dans l'esprit des gens, d'être dans une sorte de distance qui les protège mais en même temps les éloigne des électeurs. Ça peut couter des points, voire même une élection. C'est ce que disait Jacques Chirac quand il était face à Lionel Jospin: 'J'ai beaucoup de défaut, mais je suis sympa'".

Recueilli par Philippe Gril