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Affaire Bentounsi: "il y a une culture de l'impunité policière dans ce pays"

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La justice n'a pas retenu la légitime défense dans le procès d'un policier poursuivi ce vendredi à Paris pour avoir abattu un détenu en cavale en 2012. Il a été condamné à 5 ans avec sursis. Une décision accueillie avec soulagement par la famille de la victime.

Un policier, acquitté en première instance, a été condamné vendredi en appel à cinq ans de prison avec sursis pour avoir tué un fugitif d'une balle dans le dos. Une sentence accueillie avec soulagement par la famille d'Amine Bentounsi.

"Ça nous a pris cinq ans pour arriver à cette condamnation. Cinq ans à redire que mon frère quel que soit son passé ne méritait pas d'être abattu comme un chien d'une balle dans le dos. Cinq ans à espérer que justice passe. C'est une victoire en demi-teinte, mais une victoire quand même", a déclaré Amal Bentounsi, la soeur de la victime et fondatrice de l'association Urgence notre police assassine.

"Il y a une culture de l'impunité policière dans ce pays qu'il va falloir régler avant que les choses ne dégénèrent davantage. Cette condamnation aussi légère soit-elle, c'est le résultat de notre lutte et de notre détermination", a-t-elle encore affirmé au micro de RMC.

"Ce qui vient de se passer aura des conséquences"

Loïc Lecouplier, secrétaire national Ile-de-France du syndicat Alliance, se dit scandalisé par cette décision: "Pour nous les conditions de la légitime défense étaient réunies. Deux choses nous viennent à l'esprit: c'est que nous avons un problème en France avec les conditions de la légitime défense pour les forces de l'ordre. Deuxièmement, notre collègue a été condamné au simple fait qu'aucun témoignage ne venait confirmer ses déclarations de menace. Mais, si je ne m'abuse, dans les cours d'Assises, on nous a appris que le doute profitait à l'accusé, sauf quand l'accusé est un policier. Ça va très mal dans nos rangs et ce qui vient de se passer aura des conséquences".

Pour expliquer pourquoi Amine Bentounsi avait pris une balle dans le dos, le gardien de la paix avait affirmé que le fuyard s'était retourné au moment du tir fatal. Mais ni les témoins de la scène, ni les experts balistiques n'avaient été en mesure de corroborer sa version des faits.

A contrario, de nombreux éléments avaient jeté un doute sur sa sincérité, qu'il s'agisse de son intention, révélée par des écoutes, de faire pression sur les policiers chargés de l'enquête, du soupçon d'une concertation avec ses collègues ou encore de la volonté trop évidente d'un de ses coéquipiers de le couvrir.

P.B. avec Marion Dubreuil