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Allongement du délai de prescription pour les viols sur mineurs: "La scène m'est remontée 35 ans après"

La ministre de la Famille Laurence Rossignol lance ce vendredi une mission de consensus sur l'allongement du délai de prescription pour les violences sexuelles sur mineurs. RMC a rencontré Sophie, 53 ans: elle s'est souvenue de son viol 35 ans après les faits.

Doit-on supprimer les délais de prescription en matière de viol sur mineurs? C'est en tout cas la question que pose la mission de consensus lancée ce vendredi par la ministre de la Famille Laurence Rossignol et qui rendra son rapport en mars prochain. Aujourd'hui, les délais de prescription sont de 20 ans après la majorité des victimes. Ensuite, il n'est plus possible pour les victimes de porter plainte. 

Une imprescriptibilité serait essentielle pour Violaine Guérin, endocrinologue et gynécologue et présidente de l'association Stop aux violences sexuelles: "Les personnes victimes qui ont souvent des remontées des faits de façon extrêmement tardive puisqu'il y a des mécanismes d'amnésie traumatique".

C'est le cas de Sophie, 53 ans. A l'âge de 12 ans elle a été violée par un ami de ses parents: "Quelqu'un que je connaissais très bien, en qui j'avais une confiance absolue. La petite voix intérieure vous dit il est en train de faire un truc qui n'est pas normal. Vous vous sentez terriblement sale".

"35 années à survivre"

Et ce souvenir est resté enfoui de 12 à 47 ans: "35 années à survivre, à se demander pourquoi on va si mal. Tentatives de suicide, des accidents, c'est mon corps qui me parlait". En 2010, Sophie entend un nom qui lui évoque son enfance: "La scène est remontée comme si c'était hier. Je n'ai pas pu dormir pendant des nuits et des nuits. Je ressentais tout".

Mais il est trop tard pour porter plainte. Une nouvelle injustice, selon elle: "C'est important qu'à un moment le mot victime soit posé non pas pour jouer à la victime mais juste pour redémarrer et cette fois ci sur des bases saines".

Sophie espère qu’à l’avenir les délais de prescription disparaitront totalement en matière de viol, pour que les victimes de viol puissent se reconstruire, quel que soit leur âge.

P.B. avec Claire Andrieux