RMC

Attaque à Paris: "Fortement possible que ce soit un attentat commandité par les services turcs"

Après l'attaque à Paris qui a fait trois morts dans la communauté kurde vendredi dernier, des spécialistes appellent la justice à étudier la piste terroriste. Et surtout celle des services secrets turcs.

Crime raciste ou attentat terroriste? Un homme de 69 ans, de nationalité française, déjà connu pour s’en être pris à des migrants, a attaqué la communauté kurde et fait trois morts dans le 10e arrondissement de Paris vendredi dernier. Sortant tout juste de prison, il s’est défini comme "raciste" et va être présenté à un juge d’instruction. Dimanche soir, les experts psychiatres ont jugé son état psychologique compatible avec la suite des interrogatoires. Pour le moment, la thèse terroriste n’est pas retenue par les enquêteurs. Mais en raison du conflit entre les Kurdes, que l’assaillant souhaitait viser, et la Turquie, la piste des services secrets turcs ne peut pas être écartée selon Franck Papazian, auteur de "Le régime Erdogan" et co-président du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France.

"Il ne faut négliger aucun angle, explique-t-il dans ‘Apolline Matin’ ce lundi matin sur RMC et RMC Story. Il est important que le parquet national antiterroriste se saisisse de cette affaire. Nous pouvons avoir des soupçons assez forts sur l’implication des services secrets turcs. Cette affaire se situe à près de dix ans du triple assassinat de trois militantes kurdes, par un Kurde. Des enquêtes indépendantes ont permis d’arriver à la conclusion que ce Kurde avait été infiltré dans l’organisation par les services secrets turcs, qui ont d’énormes moyens, comme les autres services secrets. Ils ont très bien pu radicaliser cet individu en prison, le prendre en charge à la sortie et lui indiquer ses cibles. Il est fortement possible, si ce n’est pas probable, que ce soit un attentat à caractère terroriste, commandité par les services secrets turcs. Ce qui met en colère la communauté kurde."

"J’étais à la manifestation samedi, ajoute-t-il. Il y a le sentiment qu’il y a une volonté d’écarter systématiquement la piste terroriste. Il a dit d’abord qu’il visait la communauté kurde. Pourquoi viser la communauté kurde? L’acte raciste n’est pas contradictoire avec un acte terroriste. Un acte terroriste peut aussi avoir des fondements apparents de racisme, même si le fondement politique là me parait assez évident. Aujourd’hui, on veut uniquement mettre en avant le caractère raciste. Le triple assassinat de 2013 (des militantes kurdes) est toujours sous secret défense. C’est ce qui met les Kurdes en colère parce que tout a démontré. Il s’agissait d’un attentat commandité et exécuté par les services secrets turcs. Levons le secret défense. C’est important."

"Il y a un moment où trop de coïncidences tuent le hasard"

Pour Me Avi Bitton, avocat pénaliste, la possibilité d’une manipulation lors du séjour en prison du suspect est également à étudier. "C’est le début de l’enquête, souligne-t-il. Mme la procureure dit que ça n’est pas retenu (le caractère terroriste), à ce stade. L’individu venait de sortir de prison. C’était un délinquant de droit commun lorsqu’il y est entré. S’est-il radicalisé en prison ? A-t-il été en contact avec d’autres détenus qui ont pu l’influencer, le manipuler ? Ce ne serait pas un scénario exceptionnel."

Après avoir affirmé sa haine des Kurdes dans ses premiers temps, l’auteur des faits s’est dit plus largement "raciste". "Je fais une différence entre les déclarations d’un suspect, qui peut chercher à brouiller les pistes pour les enquêteurs, et ses actes, explique Me Avi Bitton. Et il y a un moment où trop de coïncidences tuent le hasard. Lorsqu’il est arrêté, il dit qu’il visait la communauté kurde. Il est rentré dans un centre culturel kurde, où il a abattu les premières victimes. Il en est ressorti, il a parcouru plus d’une centaine de mètres où il y avait des commerces d’étrangers de toutes nationalités, et il s’est arrêté devant un salon de coiffure kurde, où il a ouvert le feu à nouveau. Pourquoi s’en prend-il aux Kurdes, qui représentent moins d’1% de la population française, environ 300.000 personnes? Et c’est la communauté qui a été en ligne de front dans la lutte contre l’Etat islamique, en Irak et en Syrie."

LP