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Tuerie à Paris: la dangerosité du suspect a-t-elle été assez prise au sérieux?

William M., l'homme suspecté d'avoir tué trois personnes et blessé trois autres à Paris vendredi dernier, venait de sortir de prison. Il avait été placé en détention provisoire en février pour avoir attaqué, trois mois plus tôt, un camp de migrants au sabre. Des questions commencent à se poser, notamment sur l'évaluation des risques de passage à l'acte de cet homme.

La dangerosité de William M., le suspect dans la tuerie contre des Kurdes dans le 10e arrondissement de Paris vendredi, a-t-elle été sous-estimée? Trois personnes ont été tuées et trois autres ont été blessées dans cette attaque. L'homme, qui aurait agi par haine des étrangers, était déjà connu de la justice. Cela faisait seulement 11 jours qu'il était sorti de prison et qu'il avait été placé sous contrôle judiciaire. Ce Français de 69 ans avait été mis en détention provisoire début février 2022, trois mois après s'en être pris à un camp de migrants.

Armé d'un sabre, il avait d'abord secoué et taillé des tentes avant de s'attaquer au hasard à deux personnes présentes. Des témoins l'ont entendu crier "Mort aux migrants". Le soir même, Paul Alauzy, chargé de projet à Médecins du Monde, portait assistance aux occupants du camp.

"Il y a un exilé afghan qui était en pleurs dans les bras de l'autre médecin et qui disait: 'Ce matin, l'attaquant a secoué ma tente', il comprenait que s'il était sorti, il aurait pu être attaqué, il serait peut-être mort à ce moment-là. Il était complètement traumatisé, c'était un moment difficile", raconte-t-il.

"Il s'est attaqué à des invisibles, donc ça intéressait très peu de monde", dénonce Paul Alauzy

Malgré les faits, le suspect n'est mis en examen que pour le délit de "violences avec armes". Sa détention provisoire ne pouvait donc pas dépasser un an. En revanche, s'il avait été accusé de tentative d'homicide, il serait probablement toujours en prison en attendant son procès et n'aurait pas pu recommencer.

Pire encore, les victimes ont été placés en garde à vue pour violences en bande organisée et déférées, car pour désarmer le suspect, elles avaient utilisé un branchage.

"Si ça avait été monsieur ou madame tout le monde qui avaient été agressés dans la rue, évidemment la réaction n'aurait pas été la même. Il s'est attaqué à des invisibles, donc ça intéressait très peu de monde", dénonce Paul Alauzy.

Avant cette agression, cet homme avait été condamné en 2017 pour détention prohibée d’armes. Il avait aussi été mis en examen pour l’agression au couteau de ses cambrioleurs en 2016, ce qui lui a valu une peine de douze mois de prison avec sursis dont il a fait appel.

AB avec Lucile Pascanet