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Crise des vocations chez les pompiers: "Le métier fait toujours rêver, mais…"

Il y avait en 2015 193.700 pompiers volontaires, loin des 200.000 espérés.

Il y avait en 2015 193.700 pompiers volontaires, loin des 200.000 espérés. - AFP

Le film Les hommes du feu, sorti ce mercredi en salles, qui suit le quotidien d'une caserne de pompiers dans le sud de la France, va-t-il susciter des vocations chez ses spectateurs? Ce serait une bonne chose, tant les pompiers ont du mal à recruter des volontaires, dont le nombre a chuté ces dernières années. Joint par RMC.fr, le lieutenant-colonel Dominique Turc explique pourquoi ce "métier qui fait toujours rêver" a du mal à attirer les jeunes.

Le lieutenant-colonel Dominique Turc est vice-président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, en charge de la question du volontariat.

"On était il y a quelques années 200.000 pompiers volontaires, nous sommes aujourd'hui 193.700. Ce n'est pas catastrophique, mais François Hollande avait lancé en 2013 un plan prévoyant qu'à la fin du quinquennat nous soyons de nouveau 200.000. Nous n'y sommes pas arrivés.

Nous devons faire face à la concurrence de la Garde nationale (les réservistes citoyens de l'armée, de la gendarmerie et de la police, ndlr). Nous sommes sur le même vivier de recrutement - des gens qui veulent servir leur pays, qui sont attirés par l'uniforme… -, sauf que les réservistes de la Garde nationale bénéficient d'incitations financières que n'ont pas les pompiers volontaires: ils bénéficient ainsi d'une prise en charge à hauteur de 1.000 euros du permis de conduire, et leur employeur a l'obligation de les laisser disponibles pendant 5 jours en cas de crise.

Ce sont des pistes que nous expertisons pour savoir si elles seraient transposables aux pompiers volontaires. Le pompier volontaire bénéficie d'une indemnisation à hauteur de 8 euros bruts de l'heure, 9 euros pour un sous-officier et 11 euros pour les officiers. Il n'y a pas de primes de risques. Mais cette indemnité n'est pas un frein.

"Pendant les attentats, on a plus valorisé le travail des forces de l'ordre"

Pendant les attentats, on a plus valorisé le travail des forces de l'ordre que des pompiers. La gendarmerie et l'armée ont d'ailleurs eu un afflux des demandes de réserves, ce qui n'a pas été forcément le cas pour nous. Peut-être aussi que l'engagement de nos jeunes est différent d'avant, plus en mode zapping (sic) et moins sur la durée (un pompier volontaire s'engage pour une durée de 5 ans, renouvelable tacitement, ndlr)? Le métier fait toujours rêver, mais la concrétisation du rêve est plus difficile.

Le pompier volontaire assure la même mission, a une formation équivalente, mais ce n'est pas un fonctionnaire comme le pompier professionnel, c'est un engagé citoyen, il met son temps disponible à disposition de la collectivité pour exercer des missions d'aide et de secours à la population. L'une des problématiques, c'est d'ailleurs la disponibilité du pompier volontaire. Il faut reconnaître que c'est contraignant. Il faut trouver un système qui permette à l'employeur de s'y retrouver. Si vous êtes un artisan-maçon et que sur votre équipe de cinq vous avez trois pompiers volontaires qui partent l'après-midi pour une intervention, votre chantier s'arrête. Et si le pompier volontaire n'a pas de disponibilités pour accomplir son engagement et sa passion, il s'en va.

"Un vrai problème dans les zones rurales"

Ce manque de pompiers volontaires, c'est un vrai problème pour les territoires ruraux. Je travaille dans le département le plus rural de France, la Lozère, où les unités opérationnelles sont composées exclusivement de pompiers volontaires. Or, ce qui fait l'efficacité des secours, c'est la rapidité, qui est permise par la proximité et l'intensité du maillage territorial de secours. Si vous faites plus de trous dans la raquette, vous mettrez plus de temps à intervenir et vous serez moins efficaces.

Un film comme "Les hommes du feu", ça permet de parler de nous, de l'engagement. C'est une bonne campagne de communication pour les pompiers volontaires. Ce que je dirais à quelqu'un qui hésite à sauter le pas? Je lui dirais qu'il va trouver l'aventure au coin de sa rue. De citoyen ordinaire il va faire des choses extraordinaires en équipe, et qu'il recevra plus qu'il donnera."

Propos recueillis par Philippe Gril