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A Avignon, les braqueurs sont systématiquement jugés aux assises

A Avignon, les auteurs de braquage sont systématiquement renvoyés devant les assises. (Photo d’illustration)

A Avignon, les auteurs de braquage sont systématiquement renvoyés devant les assises. (Photo d’illustration) - AFP

[TEMOIGNAGES RMC] – Le Procureur d’Avignon a décidé, depuis mi-2012, de renvoyer quasiment tous les auteurs de braquages devant la cour d’assise du Vaucluse, quel que soit leur âge, leur passé judiciaire ou l’ampleur du butin. Une méthode qui a baissé le nombre de braquage, selon lui, mais qui se montre parfois vraiment trop sévère.

A Avignon, la justice frappe fort pour dissuader les braqueurs. Le procureur de la République a en effet décidé, depuis mi-2012, de renvoyer quasiment tous les auteurs de braquages devant la cour d’assise du Vaucluse, quel que soit leur âge, leur passé judiciaire ou l’ampleur du butin.

Les peines prononcées par les jurys populaires sont plus lourdes, et sont censées dissuader les braqueurs. Une méthode qui semble marcher: le nombre de braquages a été divisé par trois dans le département, passant de 150 en 2012 à 50 l'an dernier.

"Le message de fermeté est reçu"

Pour le procureur d’Avignon, Bernard Marchal, il y a un lien évident entre le durcissement des peines prononcées et la baisse constatée du nombre de braquages:

"Les auteurs de ces faits commettaient de multiples braquages, assure-t-il à RMC. Donc lorsque l’on sanctionne un fait, on évite d’autres faits plus nombreux. Et deuxième constat, ces auteurs étaient locaux. Donc à partir du moment où, localement, une cour d’assises tient un discours de fermeté, il est reçu".

"Des peines parfois quasi-éliminatoires"

Mais pour Patrick Gontard, avocat à Avignon, ces renvois systématiques devant les assises ne tiennent pas du tout compte de la personnalité des accusés.

"Vous avez, parfois, des peines qui sont pour un jeune de 17 ou 18 ans quasi-éliminatoires, explique l’avocat pénaliste. C’est-à-dire une peine à deux chiffres: quinze ans, dix-huit ans… Il y a un sentiment d’injustice, qui n’est pas du tout un sentiment qui permet la réinsertion".

"Il faut juger la personne, pas les faits"

Mourad, lui, est l’oncle d’un jeune homme de 19 ans accusé d’avoir joué un petit rôle dans le braquage d’une grande surface il y a deux ans. Aujourd’hui, ce dernier risque plusieurs années de prison devant la cour d’assise du Vaucluse.

"Vu le profil de mon neveu, qui était mineur au moment des faits, qui était primo-délinquant (sa première affaire)… Moi, je trouve que c’est un peu lourd de le juger en cour d’assise, confie-t-il à RMC. Qu’il soit jugé, c’est normal. Il a fait une bêtise, je pense que la justice fait son travail. Maintenant, je pense qu’il faut juger la personne, mais pas juger les faits. Ce sont des jeunes qui sont, je crois, récupérables. Les juger avec des peines aussi lourdes, cela ne va pas arranger les choses. Parce que le temps de leur détention, ils vont ruminer contre la justice… On ne leur donne pas de seconde chance. Ils ont fait une bêtise en étant jeune, à dix-sept ans. On ne peut pas les juger de la même manière qu’un truand qui en est au quatrième braquage, avec du sang sur les mains… Pour moi, ce n’est pas cohérent. "

Reste que pour l’heure, l’agglomération d’Avignon n’a connu aucun braquage lors des deux premiers mois de l’année 2015.

C. P. avec Lionel Dian