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Drame de Millas: "Aucun enfant n'est condamné à être traumatisé à vie"

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Après la collision entre un car scolaire et un train à Millas, dans les Pyrénées-Orientales, comment prendre en charge les enfants qui ont survécu? Eléments de réponse avec la psychologue spécialisée en psychotraumatisme Hélène Romano.

Hélène Romano est psychologue à l'hôpital Henri Mondor à Créteil, elle est spécialiste en psychotraumatisme.

"Les adolescents présents dans le car scolaire ont été exposés à différents niveaux. Il y a ceux qui sont décédés et qui ont des fratries et des camarades endeuillés. Il y a ceux qui étaient à côté des personnes décédés qui sont restés très longtemps avant de pouvoir être évacués du car, d'autres ont pu être évacués rapidement, donc on voit bien qu'il y a plusieurs niveaux d'implication. Il y a des enfants qui n'ont pas été exposés aux mêmes visions, ou aux mêmes scènes.

L'impact sensoriel ne sera pas le même selon qu'un enfant aura été sorti tout de suite, sans voir les corps, ou sera resté plusieurs heures à côté d'un corps. 

"Certains peuvent culpabiliser d'avoir survécu"

Ce qui est souvent compliqué, c'est que les enfants qui ont survécu à cet accident peuvent être très culpabilisés d'avoir survécu, surtout si dans les mois qui viennent leurs proches leur disent 'arrête d'être triste, tu n'es même pas mort', c'est une phrase qui peut vraiment blesser. C'est important d'accompagner l'enfant à ce moment-là. Certains vont développer des troubles post traumatiques, d'autres auront des troubles post-traumatiques moins importants, tout va dépendre de l'histoire de l'enfant, de la façon dont il est soutenu ou pas. 

En tout cas, aucun enfant n'est condamné à être traumatisé à vie. Les enfants ont besoin de la présence des parents. On sait que quand les parents sont présents familialement et collectivement, il y beaucoup plus de possibilités pour l'enfant de ne pas sombrer avec des troubles majeurs.

Il est important que les parents puissent les autoriser à parler sans les forcer. On est dans l'accompagnement de la parole et pas dans le forçage de la parole qui est souvent plus traumatogène qu'autre chose. Il faut essayer d'aller vers l'enfant en lui disant qu'on le sent mal, et qu'il serait peut-être bien qu'il parle à quelqu'un. Mais il faut arrêter avec cette idée qu'il faut parler pour aller mieux. Si vous parlez dans le vide à des gens qui ne comprennent pas ou qui ne sont pas formés, ça peut faire beaucoup de dégâts".

P.B. avec A.B.