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Saint-Etienne-du-Rouvray: les questions autour de Telegram, l'appli utilisée par l'un des terroristes

Adel Kermiche, l'un des terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray avait annoncé qu'il allait passer à l'acte sur l'application Telegram. Une messagerie chiffrée utilisée dans les milieux jihadistes. Un procédé qu'a décrypté vendredi sur RMC Gérôme Billois, spécialiste en cybersécurité pour le cabinet de conseil Wavestone.

"Tu vas dans une église, tu fais un carnage". Avant de passer à l'acte à Saint-Etienne-du-Rouvray, Adel Kermiche avait diffusé plusieurs messages parlant de son projet d'attentat. Des messages diffusés sans être détectés, à un cercle d'environ 200 personnes sur son canal privé de Telegram, une application de messagerie cryptée. Gérôme Billois, spécialiste en cybersécurité explique pourquoi elle est en utilisée notamment par les jihadistes.

Pourquoi les jihadistes utilisent-ils Telegram?

C'est une application de messagerie qui est utilisée parce qu'elle permet de parler de personne à personne avec un niveau de confidentialité des échanges. Et elle permet aussi de parler avec un message à plein de gens en même temps, une logique de groupe qui a été utilisée dans ce cas là.

C'est une application qui est connue pour être utilisée dans les réseaux jihadistes, mais il n'y a pas que des jihadistes dessus. Il y a même certains politiques français qui disent l'utiliser.

Peut-on intercepter les communications des jihadistes, cette messagerie est-elle intouchable?

On ne peut pas dire que cette messagerie est intouchable. Le mode utilisé par l'individu en question est un mode où il parle à beaucoup de monde en même temps donc on n'a pas forcément du chiffrement qui permet de masquer les messages.

Ce chiffrement il a lieu plutôt quand on va parler de personne à personne. C'est comme si on mettait ce message dans une boîte, on ferme à clé et on l'envoie par la poste. Si jamais cette boîte est interceptée, elle est tellement solide et la clé est tellement complexe que les forces de l'ordre n'arrivent pas à l'ouvrir.

Dans le cas précis d'Adel Kermiche, aurait-on pu détecter ses messages, par exemple en infiltrant son réseau?

Oui, il y avait 200 personnes, garder quelque chose de confidentiel avec 200 personnes c'est quelque chose de difficile. La limite c'est que sur ces messageries-là, il y a des millions de message qui passent chaque jour. La limite, c'est de pouvoir analyser ces messages sans pour autant être dans une logique d'écoute de masse qui derrière pourrait mener à une forme de censure.

Et la difficulté c'est d'arriver à séparer le commentaire, les personnes qui veulent faire passer des messages un peu tendancieux sans intention de nuire, par rapport à des personnes qui ont, elles, réellement l'intention de nuire.

C. B avec Raphaëlle Duchemin