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Faut-il mobiliser les psychiatres dans la lutte contre le terrorisme?

Au lendemain de l'attentat de Barcelone, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a annoncé vouloir travailler avec les psychiatres pour repérer les terroristes potentiels. Parmi les psychiatres les avis divergent.

Les psychiatres ont-ils un rôle à jouer dans la lutte contre le terrorisme? Après l'attentat de Barcelone, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, invité ce mardi matin de Jean-Jacques Bourdin, a en effet émis le souhait que les psychiatres collaborent avec le ministère de l'Intérieur pour repérer les terroristes potentiels.

Son ministère est en discussion avec celui de la Santé d'Agnès Buzyn. Pour le ministre de l'intérieur, il faudrait mettre en place "des protocoles" dans le but de cibler ceux qui ont "des délires autour de la radicalisation islamique" ou encore "les profils psychologiques extrêmement troublés".

> Une idée intéressante, sous certaines conditions, selon Jean-Claude Penochet, psychiatre honoraire des hôpitaux et expert auprès de la cour d'appel de Montpellier:

"La question n'est pas illégitime dans la mesure où l'aspect psychopathologique est toujours présent dans les passages à l'acte agressifs. C'est toujours très utile de travailler pour une meilleure compréhension donc éventuellement pour une prévention. D'un autre côté, il y a un risque d'aboutir à une situation un peu caricaturale qui aboutirait à faire passer dans l'opinion que tout malade mental est un terroriste en puissance. Et puis nous avons des règles de secret médical qui posent la question de savoir quel serait exactement notre rôle".

> Pour David Gourion, psychiatre libéral à Paris, la collaboration évoquée par le ministre n'est tout simplement pas envisageable:

"M. Collomb a dit qu'il fallait travailler à repérer les personnes en voie de radicalisation. Il y a une réalité qui est la réalité psychiatrique qui est que la plupart des patients qui font des épisodes délirants ont l'impression que Dieu leur parle. Ca veut dire que les personnes de confession musulmane qui vont avoir un délire mystique pourraient être catégorisées comme 'à risque'. Pour le coup, il ne faut absolument pas le faire, c'est dangereux. Le psychiatre n'a pas vocation à collaborer avec le ministère de l'Intérieur. Ce n'est pas son rôle. Nous sommes des médecins et pas des collègues des policiers".

Mahauld Becker-Granier (avec P.B.)