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Femmes djihadistes rapatriées: "Il vaut mieux les avoir sous notre contrôle" explique Laurent Nunez

EXCLU RMC. Coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, Laurent Nunez explique les raisons du rapatriement de 16 mères et 35 enfants depuis des camps de prisonniers djihadistes en Syrie.

Pourquoi avoir finalement décidé de faire rentrer en France des femmes djihadistes détenues dans des camps de prisonniers en Syrie ? Le ministère des Affaires étrangères a annoncé ce mardi que 16 mères et 35 enfants avaient été rapatriés. "C’est la cinquième opération qui a été réalisée, dans la nuit de lundi à mardi, depuis 2019, explique Laurent Nunez, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, dans "Apolline Matin" sur RMC et RMC Story. Chaque fois qu’on le peut, on va sur zone pour récupérer des mineurs qui sont en situation de détresse. Les quatre premières opérations avaient concerné 35 enfants, des mineurs isolés, orphelins ou dont les mères acceptaient de se séparer. L’opération d’hier a permis de ramener 35 enfants, soit autant que lors des quatre premières, et pour la première fois il y a eu le rapatriement de mères, qui accompagnaient leurs enfants."

"La zone devient de plus en plus instable"

"Avant l’opération, nous avions 120 femmes qui étaient détenues dans ces camps, et près de 290 enfants, précise Laurent Nunez. Il en reste évidemment. Chaque fois que nous le pourrons, nous procèderons à des opérations de rapatriement, pour des motifs humanitaires et de plus en plus pour des motifs sécuritaires parce que la zone est instable. Il y a des menaces d’opérations turques, il y a l’Etat islamique qui se reconstitue dans le désert syrien et qui projette d’aller libérer ces femmes, ces enfants. Il y a eu l’attaque d’une prison qui a permis la libération d’un certain nombre de djihadistes. La zone devient de plus en plus instable. Pour la sécurité de nos concitoyens, il vaut peut-être mieux avoir ces personnes sous notre main, sous notre contrôle, que dans une zone où elles peuvent être s’égailler dans la nature."

"Elles devront évidemment répondre de leurs actes"

Toutes ces femmes rapatriées en France font "évidemment toutes l’objet de procédures judiciaires", indique Laurent Nunez. "Les 35 enfants vont être soumis à l’aide sociale à l’enfance, sous l’autorité de magistrats, explique-t-il. Ils vont être séparés de leurs mères et suivis, au niveau social, médico-social. Il y a tout un process de réinsertion, qui commence d’abord par une étape médicale évidemment. Les mères font évidemment toutes l’objets de procédures judiciaires, la plupart pour association de malfaiteurs terroristes. Ce sont des femmes qui sont allées sur zone, en Syrie ou en Irak, pour nous combattre. Elles font toutes l’objet soit de mandats de recherche, soit de mandats d’arrêt. Et donc elles sont traitées judiciairement. Ça veut dire des gardes à vue ou la rétention et la détention immédiate."

Le coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme ne veut "ni confirmer, ni infirmer", la présence de la djihadiste Emilie Koning parmi les rapatriements effectués en début de semaine. "Vous avez cité le nom d’Emilie Konig, il y en a d’autres. Toutes ces femmes auront à s’expliquer devant la justice des actes qu’elles ont commis. Il y a un certain nombre d’éléments qui ont été recueillis par les services de renseignement et de police judiciaire. Elles devront évidemment répondre de leurs actes. Je voudrais quand même rappeler que ces dernières années, ce sont près de 320 adultes et 150 enfants qui sont revenus de Syrie-Irak, qui ont été interpellés par les Turcs et remis aux autorités françaises. Les services de renseignement et les services judiciaires français sont parfaitement rôdés au traitement de ces personnes. Les services de renseignement travaillent pour éviter que certains nous échappent. Il y a encore quelques dizaines d’individus djihadistes qui sont libres, sur zone, notamment dans le nord-ouest syrien."

LP