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Herses, checkpoints... À Marseille, des quartiers entiers barricadés par les dealers

Par crainte de la police ou d’éventuels concurrents hostiles, les dealers barricadent certains quartiers de Marseille à l'aide de checkpoints, filtrant les entrées et empêchant les non-résidents de rentrer.

Des barils, des chicanes en béton, des herses, de véritables checkpoints... Nous ne sommes pas en zone de guerre mais bien à l’entrée de certaines cités marseillaises. Dans la cité phocéenne, l'autorité policière s’arrête parfois aux portes de certains quartiers.

Devant des check-points, des dealers contrôlent tous ceux qui passent, y compris les habitants de longue date comme Amine Kessaci qui vit dans la cité de Frais-Vallon: "Il y a 15 jours, à Frais-Vallon, je voulais accéder à un immeuble et on m’a refusé l’accès parce que le jeune qui est là depuis seulement dans le réseau depuis 2 ans m’a dit, 'tu n’habites pas dans la tour, tu ne rentres pas'. Sauf que moi ça fait 18 ans que je vis à Frais-Vallon", assure le président de l’association Conscience, fondée en juillet 2020, qui se bat pour améliorer les conditions de vie dans les quartiers défavorisés partout en France.

"C’est tragique de se dire que la loi en vigueur, c’est la loi du plus fort. Les jeunes qui sont recrutés sont des jeunes qui viennent d’ailleurs. Ce sont des jeunes parisiens, des jeunes nigérians et il n’y a plus aucun respect entre ces jeunes et nous les habitants", assure-t-il.

"Les deux tiers des renforts promis ne sont pas arrivés"

De son côté, la préfecture rétorque que le nombre d’arrestations ne cesse d’augmenter mais Eddy Sid, du syndicat Unité SGP Police reconnaît quand même une certaine forme d’impuissance: "Oui, la politique mise en place à ses limites, tout simplement parce qu’on a besoin de moyens humains. Le démantèlement des checkpoints, malheureusement nous ne pouvons le faire en permanence. Et les deux tiers des renforts promis par le ministère de l’Intérieur ne sont pas arrivés sur l’agglomération marseillaise".

Ces checkpoints permettraient de gêner l’arrivée de la police mais également d’empêcher celle de concurrents hostiles. Selon les estimations policières, il y aurait une quarantaine de check point aujourd’hui à Marseille. "Ces barricades sont la conséquence d’un travail de police qui porte ses fruits", s’est pourtant félicité lundi dans La Provence Frédérique Camilleri, la préfète de police des Bouches-du-Rhône.

Lionel Dian (avec G.D.)