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"J'avais peur de mourir": Sand Van Roy, qui a porté plainte contre Luc Besson pour viols, se confie sur RMC

C'est un témoignage rare.. Sand Van Roy, la jeune femme qui accuse Luc Besson de viols a accepté de se confier à RMC et BFMTV. Le 18 mai dernier, cette actrice de 29 ans a choisi de déposer plainte en commissariat après un rendez-vous avec Luc Besson dans sa suite au Bristol.

Nous avons rencontrée Sand Van Roy au cabinet de son avocate à Paris. La jeune femme n’est plus blonde comme dans Taxi 5. Elle s’est teint les cheveux en brun porte une robe longue bleue fluide.

Discrète dans les médias, elle a décidé de prendre la parole pour dire sa vérité. Elle décrit une relation d'emprise professionnelle qu’avait instauré Luc Besson dans laquelle elle était enfermée depuis deux ans. Elle est aujourd'hui déterminée à aller au bout de la procédure judiciaire. Elle a été entendue à deux reprises par les enquêteurs. Luc Besson, lui n'a pas encore été interrogé.

Sand Van Roy a rencontré Luc Besson fin 2015 lors d'un essayage pour le film Valérian. Le réalisateur s'intéresse à elle. A l'époque, elle est mannequin et souhaite devenir actrice. Un peu plus de deux ans plus tard, c'est au lendemain d'un rendez-vous avec Luc Besson, dans sa suite au Bristol à Paris que Sand Van Roy a porté plainte pour viol dans un commissariat:

"J’avais peur de mourir c’est jamais allé aussi loin. C’était crescendo et même le lendemain j’avais tellement de douleur que je suis tombé dans les pommes. Et quand c’est aussi violent, ça s’appelle un viol. Il faut le signaler à l’Etat".

"Il m’a imposé des actes sexuels humiliants"

Pendant deux ans, l'actrice, qui a tourné trois films avec Luc Besson, a vécu sous "l'emprise du réalisateur". D'après elle, Luc Besson avait mis en place un système de récompenses, punitions et humiliations pour la tenir sous sa coupe. L'actrice a le sentiment d'avoir été sa marionnette. 

"C’est le réalisateur, c’est lui qui décide. Il fallait s’habiller comme il voulait, c’est-à-dire avec des jupes courtes. Il fallait que je parle avec une voix d’enfant, quand je disais 'je suis contente' avec une voix de bébé, il était content aussi. Et du coup, on vit dans un état de confusion permanent, on veut lui plaire professionnellement on a tendance à lui pardonner. On parle avec l’entourage, l’entourage est aveuglé par le côté cinéma. 'Non mais tu sais toutes les actrices passent par là, c’est pas grave, c’est normal. Tu peux pas porter plainte le film sort demain'".

Depuis sa plainte, la jeune femme a été réentendue par les enquêteurs. Elle a dénoncé d'autres agressions sexuelles, d'autres viols depuis mai 2016.. Dont deux pendant son sommeil. Pourtant à chaque fois, elle explique avoir manifesté son refus: "Et pourtant j’ai dit 'Arrête!'. Je l’ai dit clair et net. Ce n’est pas juste 'non'. C’est aussi pleurer, vomir. Il m’a imposé des actes sexuels humiliants. J’ai montré le dégoût, j’ai montré que je n’avais pas envie. C’est aussi un non".

"Je suis très fière d’être libre aujourd'hui"

Aujourd'hui Sand Van Roy l'affirme: elle n'a aucun intérêt à s'attaquer à Luc Besson, si ce n'est pour demander justice.

Elle devait être à l'affiche d'Anna, le prochain film du réalisateur prévu en 2019. Il s'était également engagé à produire son film en tant que réalisatrice. Des projets qui ne sont plus d'actualité.

"Je suis très fière d’être libre aujourd'hui. J’ai teint mes cheveux en brun, je suis redevenue moi-même. Pour l’instant en France, il n'y a pas de travail pour moi. Il y a un boycott. J’ai bien compris mais ce n’est pas grave. Je suis forte, j’irai ailleurs. Le prix du silence est plus cher".

Au micro de RMC, l'actrice belge de 29 ans explique avoir été dépassée par la couverture médiatique des débuts de l’affaire. Et notamment quand les résultats de ses analyses toxicologiques sont sortis dans la presse. Aucune trace de drogue n'avait ainsi été décelée.

"Je n’ai jamais déposé plainte pour avoir été droguée, explique-t-elle. J’ai déposé plainte pour viol. J’ai mentionné aux policiers que j’avais bu un thé, ce soir-là. Ce sont eux qui ont estimé qu’il fallait vérifier cette piste-là avec des analyses toxicologiques, que la drogue était fréquente dans les dossiers de viols. Moi, je ne savais pas".

Luc Besson dit se tenir à la disposition des enquêteurs 

Carine Durrieu Diebolt, l'avocate de Sand Van Roy le sait, les dossiers de "viol par contrainte morale et surprise" sont difficiles à caractériser. Même si l'enquête peut s'appuyer sur plusieurs éléments concrets:

"Des constatations médicaux légales, des SMS qui montrent un état de fait de violences sexuelles sous emprise. Et ce qui est vraiment important, c’est qu’un agresseur sexuel n’agresse pas une seule victime et qu’il y ait d’autres victimes qui se manifestent. Soit par témoignage, soit par plainte".

"Je pense que l'affaire Weinstein permet et peut mobiliser certaines femmes à libérer leur parole mais en ce qui concerne l'affaire Besson et son traitement judiciaire on n'a pas besoin de la référence du dossier Weinstein aux Etats Unis pour avoir un traitement judiciaire adapté en France" indique également sur RMC l'avocate. 

Une autre femme a déjà contacté la justice. Il s'agit d'une ancienne employée de Luc Besson. Elle expliqué avoir subi des "agressions sexuelles" du producteur au début des années 2000. Ces faits sont aujourd'hui prescrits. De son côté, Luc Besson dément catégoriquement ces accusations. Son avocat, Thierry Marembert affirme que le réalisateur se tient à la disposition des enquêteurs et qu'il réserve ses explications à la justice. 

Marion Dubreuil avec Claire Fleury (et X.A)