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"Je suis une personne traumatisée": il a cru être né sous X pendant 62 ans à cause d'une erreur administrative

Pendant toute sa vie, Jean-Pierre Vidal a cherché des réponses sur ses origines. Abandonné à sa naissance, l'administration lui a toujours dit qu'il était né sous X et que l'identité de sa mère ne pourrait pas lui être révélée. Sauf qu'en 2019, il s'est aperçu que c'était une erreur. Il a décidé de porter plainte.

Pendant près de 62 ans, Jean-Pierre Vidal a cru être né sous X. Abandonné à la naissance, il a tenté à plusieurs reprises de retrouver sa mère, sans succès. À partir de l’âge de deux ans, il a vécu la vie d'un enfant placé. La nourrice d’abord, plusieurs familles d'accueil ensuite. Et à 14 ans, un refus d'être adopté par un médecin alors qu'il avait enfin trouvé un foyer qui l'aimait.

“J’ai commencé à avoir de gros problèmes de santé. Vous fuguez quand on vous met dans des centres, vous passez votre vie dehors”, raconte-t-il à RMC.

A l'adolescence, il n'a qu'une idée en tête, retrouver ses origines. Mais à chaque fois, on lui répond qu'il est né sous X et que le dossier est protégé. Sa quête de vérité prendra des années. "En 1985, j’avais refait une demande officielle qui n’a pas abouti. Et en 2019, je me suis rendu à la DAS du Cantal en disant que je voulais avoir accès à mon dossier. Et on a vu dans celui-ci qu’il y avait beaucoup d’anomalies", explique-t-il.

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Il réclame 400.000 euros 

C'est à 62 ans qu'il apprend l'existence de sa mère biologique, qui l'avait autorisé à la contacter dès ses 18 ans, mais qui est décédée en 1996. Les regrets d'une vie pour celui qui attend beaucoup du procès qui s'ouvre ce lundi au tribunal judiciaire d’Aurillac, après avoir porté plainte pour obtenir réparation de la part du Conseil départemental du Cantal ainsi que de l'Etat. L’Etat a reconnu ses torts mais le département rejette la faute sur l’Etat.

“Je suis une personne traumatisée. Ce n’est pas possible que tout le monde soit passé à côté de ce dossier. J’espère que la justice va condamner les personnes qui sont condamnables. Il faut qu’on ait un cas de jurisprudence dans cette affaire”, appuie-t-il.

En même temps que l’identité de sa mère, il apprend qu'il possède une sœur, un frère, des cousins et une tante. Il entretient peu de contact avec ces derniers, sauf sa sœur, qui est malheureusement décédée l'année dernière. Pendant 62 ans, il s'est toujours senti abandonné et n'a pas connu de vraies relations familiales. Il se considère toujours comme un homme brisé. Mais aujourd'hui, il se réjouit d'avoir, malgré ce parcours de vie, réussi à fonder sa propre famille. Il veut dorénavant que l'administration reconnaisse sa souffrance. 

Jean-Pierre Vidal demande une détermination de la responsabilité entre l'Etat et le département, ainsi qu'une indemnisation d'un montant de 400.000 euros, se basant sur la notion de préjudice extraordinaire.

Antoine Martin et Alexis Vergereau avec Guillaume Descours