RMC

L'ancien ministre Claude Guéant en prison: les raisons de son incarcération

C’est une première dans l’histoire de la Ve République. Un ancien ministre de l'Intérieur est en prison. Claude Guéant a été incarcéré parce qu’il ne payait pas suffisamment ses amendes.

Claude Guéant a été condamné à un an de prison ferme dans l’affaire des primes en liquide. Lorsqu’il était le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur entre 2002 et 2004, il se versait à lui-même tous les mois une prime en cash de 5000 euros, net de charge et net d'impôt.

L’argent était prélevé sur une enveloppe dite de frais d'enquête et de surveillance. De l’argent liquide qui sert à rémunérer des informateurs ou à payer des primes aux policiers, qui travaillent parfois 24 heures sur 24 dans les enquêtes difficiles.

>> A LIRE AUSSI - Affaire des primes en liquide: l'ancien ministre Claude Guéant incarcéré à la prison de la Santé

L’ancien ministre devait 180.000 euros au trésor public

Pour sa défense, Claude Guéant a expliqué que la pratique des primes pour les membres des cabinets ministériels était fréquente depuis des années. Sauf qu’en réalité, Lionel Jospin y avait mis un terme à la fin des années 90 et les salaires avaient été augmentés en conséquence. La justice a donc estimé que Claude Guéant avait clairement piqué dans la caisse.

Claude Guéant a été condamné à de la prison ferme et à une grosse amende. La cour d'appel, en 2017, l’avait condamné à deux ans, dont un ferme, plus à une amende de 75.000 euros, plus à rembourser l’argent liquide perçu, soit 105.000 euros. L’ancien ministre devait donc en tout 180.000 euros au trésor public. Et il avait commencé à rembourser. 3000 euros étaient prélevés tous les mois sur sa retraite, si bien que d'après son avocat, il ne lui restait plus que 1622 euros par mois.

Sauf qu'à l'automne, la justice s’est penchée sur ses comptes et a estimé qu’il était capable de rembourser beaucoup plus vite. On a retrouvé notamment la trace de la vente d’une montre Patek Philippe, qui vaut au minimum 100.000 euros sur le marché de l'occasion. Claude Guéant n’a pas utilisé cet argent pour payer ses dettes.

"Je me restreins"

Début novembre, la cour d’appel a révoqué une partie de son sursis. Et c’est cette décision qui l’a conduit lundi à se présenter au service d’application des peines. Il a aussitôt été incarcéré à la prison de la Santé. Il purge officiellement maintenant une peine de neuf mois. Son avocat va très vite demander un aménagement de peine pour tenir compte de son âge et de son état de santé. Il va avoir 77 ans dans un mois.

Début décembre, Claude Guéant s'était expliqué sur sa situation financière. Parce qu’il vient d'être jugé dans une autre affaire, celle des sondages de l’Elysée. Et les juges apprenant que son sursis avait été révoqué, ont rouvert les débats le 3 décembre pour l’entendre. Ce qui est rarissime. Claude Guéant a donc expliqué qu’il s’impose des privations. “J’ai honte de le dire, mais je me restreins”. Il a dit qu'à 76 ans, il cherche du travail, qu’il a failli en trouver un dans une ONG, mais que cela ne s’est pas fait.

Il a expliqué que s’il garde une femme de ménage à plein temps, c’est parce que celle-ci s’est occupée de sa femme jusqu’à sa mort, qu’il n’a pas le courage de la licencier. Enfin, il a expliqué que s’il n'a pas plus payé le trésor public, c’est parce qu’il fallait qu’il aide ses deux enfants qui sont dans une situation financière dramatique.

Le procureur n’a pas du tout été sensible à ce plaidoyer. Il a parlé d’un discours de victimisation de la part d’un homme qui vit dans le 16e arrondissement de Paris, qui a du personnel de ménage et porte une montre de luxe. Et le procureur a doublé la peine requise: un an sans aménagement possible au lieu de 6 mois. Ce jugement sera rendu le mois prochain.

On peut vraiment parler d’une déchéance pour cet homme qui a été un des plus puissants de France. On l’appelait le vice-président pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il était le bras droit du président, secrétaire général de l’Elysée, puis ministre de l'Intérieur. Il était chargé des missions les plus secrètes, par exemple en Libye. Il parlait aux ministres toujours très poliment, mais en leur faisant comprendre que c'était lui le patron.

Depuis la fin du mandat, c’est une chute sans fin. Il a accumulé les ennuis judiciaires. Le 3 décembre, lorsqu’il a été ré-entendu au palais de justice, il s'est plaint d’avoir été complètement abandonné par ceux avec qui il a travaillé. "Et qui désormais l’ignorent complètement". Tout le monde a compris qu’il parlait de Nicolas Sarkozy.

Nicolas Poincaré