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La mise en examen de l'ex-directeur de St-Jean de Passy pour agression sexuelle sur mineur confirmée

INFO RMC. La justice a confirmé la mise en examen de Daniel Chapellier, ex-directeur du collège privé parisien Saint-Jean de Passy, pour agression sexuelle sur mineur. Il a déposé un pourvoi en cassation pour contester cette mise en examen. Un collégien de 14 ans avait déposé plainte en février 2021 pour dénoncer une agression sexuelle qui avait eu lieu dans le bureau du directeur. Ce jeudi, RMC révèle des éléments troublants sur le septuagénaire.

La chambre d’instruction de Versailles a, selon nos informations, confirmé la mise en examen de Daniel Chapellier, ancien directeur du collège privé parisien Saint-Jean de Passy, pour agression sexuelle sur mineur. Daniel Chapellier, 73 ans, accuse l'adolescent de 14 ans d'avoir eu une "action provocatrice" pour changer plus facilement d'établissement.

"C'est moi qui suis victime d'un enfant", a-t-il affirmé en interrogatoire, selon nos informations. L’ex-directeur du collège privé parisien Saint-Jean de Passy, débouté de sa requête pour contester sa mise en examen par la chambre d’instruction de Versailles, a déjà déposé un pourvoi en cassation. Il avait par ailleurs déposé plainte pour dénonciation calomnieuse le 16 février 2021.

"J'avais l'impression d'avoir marchandé mon corps"

Le 3 février 2021, Daniel Chapellier alors directeur du collège privé Saint-Jean de Passy avait convoqué dans son bureau le collégien qui était sous le coup d’une exclusion. Il affirme que c'est l'adolescent qui a abordé la question de la sexualité et qui aurait sorti son sexe en érection avant de proposer à son directeur de lui pratiquer une fellation. Le directeur  explique avoir été "troublé" et n'a parlé de cet incident à personne, ni au personnel de Saint-Jean de Passy ni à son épouse.

"Je n'ai jamais voulu que la question sexuelle relève d'un interdit mais de l'éveil et de la communication", tente de se justifier le septuagénaire face aux enquêteurs.

Une version diamétralement opposée à celle du plaignant, le collégien affirme que c’est le directeur qui lui a parlé de pornographie, de masturbation avant de se rapprocher de lui et de saisir son sexe dans son pantalon. A l'occasion de ce rendez-vous, le directeur est revenu sur sa décision de renvoyer l'élève. Dans un compte rendu manuscrit des faits, le jeune garçon avait confié son malaise:

"J'avais le vertige, je me sentais heureux parce que j'avais une seconde chance pour rester à Saint-Jean de Passy. Et en même temps je me sentais sale j'avais l'impression d'avoir marchandé mon corps pour pouvoir rester à Saint-Jean de Passy."

Lors de la confrontation, l'adolescent a confirmé la totalité de ses déclarations.

Des photos de mises en scène sexuelles d'adolescents retrouvées sur son ordinateur

Daniel Chapellier qui conteste toute agression sexuelle et abus d’autorité a toujours nié avoir eu une attirance sexuelle pour les enfants. Pourtant les policiers ont retrouvé une cinquantaine de photos de mises en scène sexuelles entre garçons adolescents dans son ordinateur. A ce stade, le septuagénaire, grand père de neuf petits-enfants, n'est pas mis en examen pour détention d'images pédopornographiques mais cette hypothèse n’est pas exclue, d’après nos informations.

Les enquêteurs ont également retrouvé des recherches internet au titre évocateur: "teen boys wank" pour jeunes garçons se masturbant, ainsi que de nombreuses images de porno gay entre adultes. "Une curiosité dans le cadre d'une démarche éducative", tente de justifier le mis en examen qui explique vouloir comprendre ce que ses élèves consultent et qui dit par ailleurs rejeter l'homosexualité.

Autre élément troublant, ce courrier adressé à sa belle-fille, juge des enfants, en octobre 2018, au sujet d'un éducateur de Stanislas "qui va régulièrement sur un site pédophile". Daniel Chapellier semble s'émouvoir de son licenciement acté par la direction du lycée et surtout des conséquences pénales à venir pour "cet excellent éducateur". Il craint que la machine juridique entraine "la destruction d'un homme", "très apprécié". Il demande quelles sont les obligations de l'établissement à l'égard de la justice concernant un éducateur ou un enseignant. De quoi interroger surtout que Daniel Chapellier était lui-même assesseur au tribunal judiciaire de Paris auprès du tribunal pour enfants.

"C'était de la perversité"

"Je pense que je ne suis pas le seul enfant à qui il a fait ça" a expliqué le jeune plaignant aux enquêteurs. Les investigations n'ont pas permis à ce stade d'identifier d'autres victimes. En revanche, six anciens élèves ont témoigné spontanément auprès des policiers. Tous décrivent des entretiens dans le bureau de Daniel Chapellier qui basculent des notes et du comportement en classe vers la sexualité, leur consommation de pornographie et la masturbation.

"C’était de la perversité, avance un ex-collégien aujourd’hui âgé d’une trentaine d’années, il m’a demandé la manière dont je me masturbais et pourtant derrière il ne m’a pas fait de cours de SVT".

"A l’époque déjà on se demandait s’il n’avait pas des problèmes par rapport à ça, par rapport à la sexualité des jeunes garçons", explique un ancien collégien de Stanislas.

Marion Dubreuil