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Notre vie politique est toujours malade de son financement

Alors que le procès de Jérôme Cahuzac s'est ouvert lundi, Eric Alt, vice-président d'Anticor invité sur RMC mardi, il reste encore des progrès à faire dans la lutte contre la corruption et la fraude en politique, même si cette affaire a permis des avancées.

Le procès de Jérôme Cahuzac s'est ouvert sur des révélations de l'ancien ministre. A la barre, il a assuré que l'ouverture de son premier compte en Suisse avait servi à financer l'activité politique de l'ancien Premier ministre Michel Rocard. L'ancien ministre du Budget a également affirmé que "l'industrie pharmaceutique a financé tous les partis". Une accusation qui mérite des éléments de preuve pour Eric Alt, vice-président de l'association de lutte contre la corruption Anticor, mais qui révèle des dérives anciennes dans le milieu politique.

"On a depuis 1988 des lois pour améliorer les dérives du financement des partis. Notre vie politique est toujours malade de son financement et on n'en a pas fini", assure-t-il sur RMC. 

Des avancées "modestes" depuis l'affaire Cahuzac

Ces dernières années, ces lois ont malgré tout permis des avancées d'après lui. L'affaire Cahuzac a également poussé les institutions à se remettre en cause. Une bonne chose pour Eric Alt, même si ces changements sont restés à une échelle "modeste".

"C'est vrai que le parquet national financier a été créé, c'est une bonne chose. Ce serait encore mieux que trois ans après il y ait tout à fait les effectifs qui étaient prévus à l'origine, ce n'est pas le cas. La Haute autorité pour la transparence de la vie publique a été créée, c'est une bonne chose. Ce serait encore mieux qu'elle ne soit pas dépendante de la loyauté des services fiscaux", expose-t-il. 

Avec son association qui milite pour l'éthique en politique, il souhaite que ces avancées aillent plus loin au lieu de "s'arrêter au milieu du gué". D'après lui des propositions de la haute autorité concernant la certification des comptes des partis par la Cour des comptes sont pour l'heure restées lettre morte. Par ailleurs, il regrette que le projet de loi Sapin II sur la transparence de la vie économique n'aille pas au bout des choses notamment sur la protection des lanceurs d'alerte.

"On se soucie d'un statut pour les lanceurs d'alerte mais je lis le texte et si le texte en l'état devrait être appliqué même Antoine Deltour, qui est un modèle de lanceur d'alerte désintéressé à l'origine des Lux Leaks, même lui ne serait pas protégé par le texte", déplore-t-il.

En juillet dernier, les sénateurs ont en effet décidé de limiter les mesures sur les lanceurs d'alerte qui devront notamment démontrer leur bonne foi au risque de se voir refuser le statut de protection. 

C. B