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Procès attentat de Nice: "On a franchi un pas dans la tuerie de masse", témoigne François Molins

François Molins le 10 octobre 2022 à Paris

François Molins le 10 octobre 2022 à Paris - Marion Dubreuil

L'ancien procureur antiterroriste François Molins a été auditionné ce lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris dans le cadre du procès de l'attentat de Nice du 14 juillet 2016.

C’est la deuxième fois que François Molins est cité comme témoin après le procès des attentats du 13 novembre: "Ca reste particulier pour moi", concède le procureur général près la cour de cassation. Au moment de l’attentat du 14 juillet à Nice, il était procureur de la République de Paris avec la compétence nationale pour l’antiterrorisme.

Ce soir-là, François Molins assiste au feu d’artifice au Trocadéro à l’invitation de la ville de Paris "il est 23h quand je vois s’afficher le numéro de Camille Hennetier - la magistrate à la tête de la section antiterroriste du parquet de Paris - c’est toujours mauvais signe", explique François Molins.

Il apprend qu’un camion a fauché des victimes sur la promenade des Anglais, et se rend immédiatement au parquet de Paris. Les premiers éléments sont très confus rappelle le magistrat, "on a strictement aucun élément sur le motif de la tuerie", c’est encore le cas lorsqu’il ouvre une enquête préliminaire sous la qualification terroriste se justifiant alors "uniquement par la nature des faits qui constitue un trouble à l’ordre publique par l’intimidation et la terreur et ce quelles que soient les motivations du tueur". 4 magistrats se rendent à Nice, en avion, dans la nuit, deux seront exclusivement dédiés aux victimes.

Protocole spécial pour les autopsies

François Molins évoque un nouveau pas de franchi dans la tuerie de masse avec des milliers de personnes touchées, le parquet de Paris fait alors le choix de "restreindre" la liste des victimes aux personnes décédés aux personnes blessées et aux personnes "sur la trajectoire directe du camion".

L’enjeu pour François Molins est alors d’aller vite pour identifier les victimes décédées pour restituer les corps à leurs proches dans un délai "humain". Mais l’enquête criminelle nécessite également de pratiquer des autopsies: "en 45 ans de carrière je n’ai jamais vu une affaire criminelle sans autopsie au motif qu’on connaissait la cause de la mort".

François Molins explique qu’il a mis en place un protocole autopsie pour discriminer les victimes et réserver les autopsies aux situations indispensables, au total 14 autopsies toutes pratiquées par l’institut médico légal de Nice (IML).

Polémique sur le prélèvement des viscères

Le magistrat s’est alors expliqué sur la polémique qui est née au sujet du prélèvement de la totalité des viscères des victimes autopsiées. C’est d’ailleurs une avocate de partie civile Me Le Roy qui a fait citer François Molins notamment pour aborder cette question sensible à l’audience.

"A Paris et dans la plupart des IML, la pratique est de prélever un échantillon des viscères, explique le magistrat. Il se trouve que ce n’est pas le protocole suivi à Nice qui a choisi de prélever la totalité des viscères", regrette François Molins qui explique l’avoir découvert 44 jours plus tard quand le corps d’un petit américain de 12 ans a été ré autopsié aux États Unis, il n’y avait plus aucune viscère. Elles seront renvoyées dans un second temps à la demande de la juge d’instruction.

"Je ne veux pas accuser l’IML, se défend François Molins, ça participe d’un excès de zèle les légistes niçois ont fait quelque chose qui selon moi ne se justifiait pas. Si c’était à refaire il n’y aurait pas de prélèvements dans ces conditions."

Marion Dubreuil (édité par J.A.)