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Procès de l’attentat de Nice: "C’était le carnage", le récit glaçant des primo-intervenants

C'est un récit glaçant. Un pompier et un médecin, arrivés parmi les premiers sur les lieux de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, ont témoigné devant la Cour d'assises spéciale mardi soir. Aujourd'hui, ils sont marqués à vie.

Les primo-intervenants étaient appelés à la barre ce mardi à l'occasion de la troisième semaine d'audience au procès de l'attentat du 14 Juillet 2016 à Nice. Aujourd'hui, ces médecins et pompiers sont marqués à vie.

"Dès qu’on s’engage sur la Prom' (la Promenade des Anglais, ndlr) c’est le carnage", explique un premier soldat du feu en tenue. La première victime à qui Fabien Hodot porte secours a la jambe cassée en équerre. Il la rassure et lui promet de revenir. "Si cette personne est dans la salle, explique le pompier d’une voix forte. Je m’excuse, je n’ai jamais pu revenir".

"Le plus dur c’est de choisir à qui porter secours"

Il se dirige ensuite vers un couple, la femme est morte, il ne peut rien faire de plus. "C’est le chaos", raconte Fabien Hodot. "500 personnes sont allongées sur le sol. Le plus dur c’est de choisir à qui porter secours", confie le quinquagénaire.

Du haut de son 1.90 m. et de ses 100 kilos, il repense à Karima, une adolescente avec les jambes dans "un sale état". Elle lui avait paru " toute petite" ce soir-là. c’est la seule victime qu’il a pu revoir. Il est soulagé d’apprendre d'expliquer à la Cour qu’elle a conservé l’usage de ses jambes.

Quand les secours ont commencé à s’organiser avec un poste médical avancé improvisé dans une boîte de nuit de la promenade des Anglais, Fabien Hodot a été chargé de "ramasser les gens", les victimes étaient ensuite triées en fonction des urgences relatives, des urgences absolues et au fond "les urgences dépassées".

"La 'Prom', quand je la revois, je revois un linceul blanc"

Juste avant lui, c’est un médecin urgentiste qui a déposé. Les deux hommes se sont d’ailleurs croisés la nuit du 14 juillet, Benoit Develey avait demandé du matériel à Fabien Hodot. Pour moi c’était "l'homme aux shorts claquettes", explique le pompier. Ils ne s’étaient pas revus depuis. Le 14 juillet 2016, Benoit Develey avait interrompu une soirée en famille avec sa femme et ses deux enfants pour se précipiter sur la Prom'. Il allait lui aussi "de victime en victime". À la barre, ce médecin qui porte un tee-shirt bleu avec un cœur rouge sur la poitrine, raconte "l’enfer", "les souvenirs flous et précis" de cette nuit.

"Moi la Prom', quand je la revois, je revois un linceul blanc", explique-t-il. La première victime qu’il veut aider est un enfant "d'à peine 4 ans" qu'il ne parvient pas à ranimer. Il a passé la nuit à secourir des blessés. "Qu’une personne puisse engendrer tellement de détresse et de tristesse, ça me mettait en colère", confie ce médecin qui parle d’une "charge émotionnelle jamais reçue auparavant". Pourtant, cet urgentiste de haute-montagne, était l’un des premiers sur les lieux du crash de la Germanwings le 24 mars 2015 avec ses 150 victimes. La différence sans doute, c’est la proximité: "la Prom c’est mon jardin", explique ce niçois. "C’est l’endroit où mes enfants ont appris à faire du vélo".

Aujourd’hui, Fabien Hodot ne parvient pas à tourner la page du 14 juillet. Ce pompier de 52 ans culpabilise pour les victimes que sa mémoire a effacées. Il y a 4 ans, on lui a diagnostiqué un stress post-traumatique, sa femme qu’il l’a soutenu pendant 2 ans l’a quitté. Il est encore pompier aujourd’hui mais ne participe plus à la lutte contre les incendies. Il confie être très mal a l’aise de témoigner aujourd’hui avec des gens dans son dos même si la salle est sécurisée. Pourtant avant de repartir, il remercie la cour: "ça m’a fait du bien que vous m’ayez laissé parler". Un jeune homme partie civile se lève pour aller le saluer.

Marion Dubreuil