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Vidéos de l’attentat de Nice: "C’est vraiment extrêmement dur à regarder" prévient un policier

Ancien chef du groupe de lutte contre la cybercriminalité à la PJ de Nice, Pierre Penalba a recueilli et analysé toutes les images de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice. Avant leur diffusion au procès ce jeudi, il prévient sur leur caractère extrêmement difficile dans "Apolline Matin" sur RMC et RMC Story.

Les images de vidéosurveillance de l'attentat de Nice, qui avait fait 86 morts le 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, seront diffusées ce jeudi "en fin de matinée" au procès qui se tient à Paris, devant la cour d’assises spéciale. Pierre Penalba, ancien chef du groupe de lutte contre la cybercriminalité à la PJ de Nice, connait ces vidéos. Et sait toute l’horreur qu’elles montrent… "Pour la reconstruction des victimes, il parait que c’est indispensable. Pour moi, en tant qu’être humain, je trouve que c’est vraiment extrêmement dur à regarder. Je ne conseillerais pas aux gens qui sont trop sensibles d’aller visionner ça. Même pour les familles, ça me parait difficile de regarder une horreur pareille", explique-t-il dans "Apolline Matin" sur RMC et RMC Story.

"Je les ai vues énormément, raconte le commandant de police. Je faisais partie des personnes qui ont travaillé sur l’extraction des données, au niveau du SIC, le centre vidéo de la police municipale de Nice. On a récupéré aussi les images dans les téléphones portables des victimes. Ils ne filmaient pas la scène. Ils filmaient leur vie, faisaient des selfies. Ils filmaient ce qu’ils étaient en train de vivre, de la joie, du bonheur. Et il y a l’horreur qui arrive en quelques secondes. Il n’y a pas de mise en scène. C’est vraiment quelque chose qu’on ressent. Vous avez des gens qui sont heureux et la seconde d’après, ils sont en train de se faire écraser, pulvériser par un camion."

"On est impuissant"

Pour les besoins de l’enquête, Pierre Penalba et ses collègues ont traqué les moindres détails sur cette scène de crime. Forcément, c’est traumatisant. "On a dû visionner les images à de nombreuses reprises pour essayer de déterminer s’il y avait éventuellement des complices, des gens qui travaillent, qui ont pris des vidéos avec une attitude particulière pour une revendication… Vous ne pouvez pas vous contenter d’un simple visionnage. On a dû les visionner des centaines de fois. Vous avez un attentat qui dure très peu de temps, mais vous le revivez… En sachant qu’à chaque fois que vous voyez les images, ce sont des gens qui sont réellement décédés et qui sont sur une table d’autopsie."

Ce policier, qui vient de publier un livre sur la cybercriminalité ("Darknet : le voyage qui fait peur", Albin Michel), reste marqué. Il ne se rendra pas au procès ce jeudi. "C’est très difficile. Il y a d’abord la quantité de victimes. Et surtout, il y a énormément d’enfants qui ont été touchés. Vous avez aussi la différence entre le moment de joie et le moment de terreur qui arrive. Très souvent, les enregistrements ne s’arrêtent pas sur le moment. Le téléphone continue de filmer. Ce n’est pas évident… C’est trop impliquant. Vous revivez la souffrance des gens. Quand on est policier, on a l’habitude de gérer la souffrance. Mais quand vous êtes face à une telle quantité de souffrance, tellement de gens qui ont mal, qui ont perdu leurs proches, qui vivent cette douleur, c’est extrêmement difficile de se retrouver face à eux. On est impuissant. La barbarie est inexplicable et impardonnable."

LP