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Récidive: la justice française est-elle trop laxiste?

Deux hommes déjà lourdement condamnés, l'un pour avoir tiré sur des policiers et l'autre pour des viols et agressions sexuelles, ont récidivé dans la semaine à Grenoble et Angers. Deux faits divers qui viennent relancer le débat sur un laxisme supposé de la justice française.

Deux faits divers viennent relancer le débat sur la récidive et le laxisme supposé de la justice. À Grenoble, le conducteur d'une voiture âgé de 30 ans, a tiré sur des policiers après un refus d'obtempérer. Dans la foulée, la passagère du véhicule, une jeune femme de 18 ans, a été tuée d'une balle tirée par un policier. Le trentenaire multi-récidiviste, était sorti de prison en mars 2021 après huit ans derrière les barreaux pour avoir déjà à l'époque tiré sur des policiers.

À Angers, c'est un homme sorti de prison en juillet qui est entré chez une femme armé d'un couteau pour tenter de la violer. Il avait été condamné en 2017 à dix ans de prison pour viol, tentative de viol et agression sexuelle sur trois victimes en 2014 et 2015.

Suivi psychologique et travail en prison pour éviter la récidive

"Ce n'est pas une question de laxisme, c'est une question d'efficacité", estime ce vendredi sur le plateau d'"Estelle Midi" Mathilde Imer, militante écologiste. "La prison n'est pas toujours la solution la plus adaptée et la plus efficace. Pour être efficace, il faut un suivi psychologique et un travail. Quand vous avez un travail en prison, cela facilite la réinsertion et cela divise par deux la récidive", assure-t-elle évoquant une étude du ministère de la Justice parue en 2021.

Marc, ancien de la police judiciaire, ne se dit pas surpris par les affaires de Grenoble et d'Angers. "C’est une affaire dans ce genre qui m’a découragé et m’a fait démissionner de la police", assure-t-il sur RMC et RMC Story.

"Je menais une enquête sur un trafic de stupéfiants, le suspect était sous contrôle judiciaire et ne pouvait pas quitter le territoire. Cela ne l’empêchait pas de se rendre à Barcelone avec un Porsche Cayenne immatriculé en Italie pour aller chercher de la cocaïne", raconte l'ancien fonctionnaire.

Un syndicat appelle les jurés à être plus sévères

Le syndicat Unité Magistrats SNM FO plaide pour des sanctions beaucoup plus élevées lorsque les policiers sont visés. "La tentative d'écraser un policier doit relever de la Cour d'Assises ou de la Cour criminelle départementale (une Cour composée uniquement de magistrats et sans jurés, ndlr)", assure à RMC Michel Dutrus, le délégué général du syndicat, le seul à avoir soutenu les policiers lors de leur protestation contre le laxisme de la justice en mai 2021.

"Nous avons proposé au Garde des Sceaux que l'on retienne toutes les circonstances aggravantes lors d'infractions graves à l'encontre des policiers. Cela renverrait ces individus devant la Cour d'Assises ou une cour criminelle départementale pour qu'ils purgent des peines longues", plaide-t-il.

Le magistrat Michel Dutrus appelle également les jurés à être plus sévères: "Aux Assises, il y a six jurés et trois magistrats. Les jurés ont tout a fait la possibilité de faire monter la peine en gravité, le vote est secret. Vous souhaitez que la justice soit plus sévère, quand vous êtes tirés au sort pour être juré, vous rendez la justice, donc à partir de là, n'hésitez pas à faire monter la gravité de la sanction", appelle-t-il.

"Ce n'est pas parce qu'on met 15 ans au lieu de 10 à un violeur qu'il va moins violer. Il faut trouver des alternatives à la prison", plaide Mathilde Imer. "70% des Français sont conscients que la prison ne marche pas, trouvons les alternatives et mettons les moyens pour qu'elles existent", ajoute la militante écologiste.

G.D.