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Réforme des retraites: avec la grève des avocats, les délais explosent dans les tribunaux

Le collectif "SOS Retraites", qui rassemble des avocats, médecins, infirmières, pilotes, manifeste aujourd'hui contre la réforme des retraites.

Le collectif "SOS Retraites", qui rassemble des avocats, médecins, infirmières, pilotes, manifeste aujourd'hui contre la réforme des retraites. Au sein du collectif, une profession très mobilisée: les avocats. Ils font grève depuis près d'un mois. 

Les 164 barreaux du territoire sont ainsi en grève contre cette réforme qui les verra troquer leur système autonome et solidaire contre le système universel. Une mobilisation qui prend plusieurs formes: demandes de renvois quasi systématiques, défense à plusieurs dizaines d’avocats de certains dossiers, dépôts massif de demandes de mise en liberté...

Avec des conséquences directes: l’engorgement et le grippage de la machine judiciaire. Le tribunal de Toulouse a même voté une motion jeudi, déplorant que "les actions locales déstabilisent le fonctionnement du service public de la justice au mépris des libertés et droits fondamentaux". 

"On ne peut pas exclure des trous dans la raquette"

"On ne pourra pas rattraper ce retard", explique une présidente: dans son tribunal les délais d’audiencement d’ordinaire de 3-4 mois, passent à 8 mois.

A Marseille, 60% des dossiers au pénal ont été renvoyés. Un taux qui atteint jusqu’à 70% à Bobigny, la 2ème semaine de grève pour les comparutions immédiates.

Des juridictions "plombées", "noyées sous les demandes de mise en liberté" décrit une juge pour enfants, dont les greffiers sont surchargés. "On ne peut pas exclure des trous dans la raquette", craint un magistrat

Malgré le flux tendu, les bras de fer entre avocats et magistrats sont peu nombreux "On préfère accompagner et maintenir le bateau à flots", explique un procureur.

Sur RMC, un magistrat dans l'Est de la France, qui a souhaité rester anonyme, nous explique les conséquences de cette grève: "C'est un mouvement très impressionnant car il dure et il est très suivi. Par exemple, dans mon tribunal, vous n'avez d'avocat pour aller en garde à vue, pas d'avocat pour aller devant le juge d'instruction pour des mises en examens. Ce n'est pas seulement une question de défense contre la réforme des retraites, c'est aussi l'expression d'un ras-le-bol d'une profession qui subit une succession de réformes qui touchent à l'accès à la justice, à la défense des plus démunis. On ne donne plus à la justice les moyens de remplir ses missions".

Tous ont une crainte: que le justiciable en paye le prix. "Nos clients nous soutiennent, ils ont compris qu’à terme ils n’auront plus d’avocats", explique l'une d'eux. Une autre conclut, les larmes aux yeux: "Si cette loi passe, 1/5e de notre barreau ne pourra plus exercer. (...) On va laisser les plus pauvres tous seuls".

Gwladys Laffitte et Maxime Branstatter