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Terrorisme: "Le problème n'est pas de filtrer les 50 à 100 sites jihadistes"

Les ministres de l'Intérieur de 11 pays européens et le ministre américain de la Justice ont jugé "indispensable" ce dimanche le partenariat avec les opérateurs de l'internet pour identifier et retirer rapidement les "contenus incitant à la haine et à la terreur", selon une déclaration commune dimanche à Paris. Invité de Jean-Jacques Bourdin, Benoit Thieulin, président du conseil national du numérique, est revenu sur ces déclarations.

"Nous avons marqué avec force le besoin d'une plus grande coopération avec les entreprises de l'internet pour garantir le signalement et le retrait des contenus illicites et notamment les contenus faisant l'apologie du terrorisme ou appelant à la violence ou la haine. Des initiatives ont été lancées dans cette perspective par la Commission et nous attendons qu'elles débouchent". Voici ce qu'a déclaré ce dimanche, le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, lors d'une allocution à l'issue d'une réunion internationale sur le terrorisme entre les ministres de l'Intérieur de 11 pays européens et le ministre américain de la Justice, Eric Holder.

"Savoir ce que l'on veut filtrer"

Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, ce lundi, Benoit Thieulin, président du conseil national du numérique, revient sur cette lutte contre "l'usage dévoyé d'Internet" promise par Bernard Cazeneuve". Il estime dans un premier temps que "même les plus ardents défenseurs du net comme moi ne peuvent pas nier le rôle qu'internet peut avoir dans tout ça. C'est une évidence. En revanche, il ne faut pas se jeter avec émotion comme, par exemple, ce que les Américains ont pu faire, notamment après le 11 septembre".

Selon lui, "il faut surtout se poser la question de savoir comment on devient un adepte de ces problématiques, comment on va dans une forme de dérive sectaire politique". Face à ces dévoiements, le filtrage est-il efficace pour autant? Pour Benoit Thieulin, le problème est avant tout de savoir "ce que l'on veut filtrer". "Le problème n'est pas de filtrer les 50 à 100 sites jihadistes recensés par les services français", juge-t-il dans Bourdin Direct.

"L'engrenage commence sur les réseaux sociaux"

Il s'en explique : "Le problème est en amont. C'est de savoir comment un individu va progressivement avoir envie d'aller sur ces sites internet. Il s'agit donc plus d'un problème sur les réseaux sociaux, un problème d'embrigadement sur les espaces sociaux où nous sommes tous présents." Pour le président du conseil national du numérique, "l'engrenage commence dans des espaces de discussions, sur les réseaux sociaux. C'est donc éminemment plus compliqué, plus complexe que de simplement filtrer et bloquer quelques sites internet. Là, on parle de millions de conversations qu'il faut regarder et vérifier pour voir s'il y a un problème".

En conclusion, Benoit Thieulin rappelle "qu'on a défilé hier (dimanche, ndlr) pour défendre la liberté d'expression. Il faut donc qu'on se pose les bonnes questions de manière à ce qu'au nom de cette liberté on ne remette pas en cause les fondamentaux. Sachant qu'Internet, aujourd'hui, est probablement l'espace où cette liberté d'expression se déploie le plus."


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Maxime Ricard avec Jean-Jacques Bourdin