RMC

2012: le joli lapsus de Martine Aubry

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Le PS a adopté hier mardi son avant-projet pour l'élection présidentielle. A une question sur sa priorité pour la future campagne, la première secrétaire a répondu : « Je vous le dirai quand je serai candidate. » Aubry joue son va-tout… mais sans-doute trop tard.

D’abord, il faut prendre les lapsus pour ce qu’ils sont. Une manifestation de l’inconscient. Un propos qui surgit pour livrer une pensée qui était refoulée. Donc sans trop psychanalyser Martine Aubry, je dirais que son lapsus d’hier exprimait sans doute un désir – mais ça ne veut évidemment pas dire qu’elle a pris sa décision et qu’elle l’a révélée sans le vouloir. Disons qu’après la victoire des cantonales et l’aboutissement du projet du PS, elle est passée du refoulement… au défoulement. Mais vous l’avez vu, elle s’est reprise aussitôt.

Donc, c’est qu’elle a envie d’être candidate, mais qu’elle ne l’est toujours pas ?

Il y a deux Martine Aubry. L’une qui se dit : je dirige le PS, je gagne les élections (régionales, cantonales), je réussis à rassembler, je porte des propositions crédibles – et rien de tout ça n’est faux. L’autre qui, au fond, a toujours une réticence, une résistance par rapport à l’idée d’une candidature. Pour l’instant, entre la battante et l’hésitante, c’est clairement la seconde qui s’est imposée. Elle a laissé Ségolène Royal lui voler la vedette sur la réforme des retraites, elle a laissé DSK se placer sur orbite, même François Hollande a profité du vide pour se lancer. D’un autre côté, c’est parce qu’elle n’est pas perçue comme une prétendante qu’elle a pu maintenir l’unité du PS jusqu’ici – ce n’était pas gagné !

Est-ce que ce n’est pas une unité de façade ? On a quand même l’impression que tous les socialistes ne sont pas emballés par cet avant-projet…

C’est un texte qui donne du PS une image plus sociale-démocrate que ne le voudrait son aile gauche mais encore nettement ancrée dans le modèle de l’Etat-providence. Les partisans de DSK – et de Hollande – redoutent qu’il tire trop vers la gauche irréaliste, celle dont la conversion à l’économie de marché commence par les déficits. Bien sûr, le futur candidat du PS ne sera pas prisonnier de ce projet, mais ils aimeraient autant qu’il ne se lance pas dans la course avec un boulet au pied. Or rappelez-vous le précédent lapsus de Martine Aubry : elle avait dit « un projet très vague » au lieu de « très vaste » ! On ne sait pas ce que son inconscient voulait dire à ce moment-là. Mais on sentait bien, déjà, qu’il y avait en elle une contradiction.

Qu’est-ce qui peut faire maintenant que Martine Aubry sera ou ne sera pas candidate ?

La réponse ne lui appartient plus vraiment et je crois que c’est ce qu’elle a voulu. Elle a toujours dit que DSK et elle décideraient ensemble de la candidature en voyant qui des deux serait le mieux placé. Les sondages plaident pour DSK. La situation politique pourrait jouer pour Martine Aubry… mais elle a laissé DSK imposer peu à peu l’idée de son retour comme une évidence. Donc sa dernière chance à elle – son va-tout – ce serait : 1. d’afficher une détermination très forte à se lancer dans la course. 2. de réduire l’écart entre elle et lui dans les sondages. Sur le 1er point, les Strauss-kahniens ont dû avoir peur quelques instants hier, jusqu’à ce qu’elle corrige son lapsus. Sur le 2e point, elle part avec beaucoup de retard. Elle est un peu comme le lièvre de la fable. Sauf que dans cette fable-là, DSK aussi est un lièvre – et qu’en plus, il voyage en avion !

Hervé Gattegno