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Arnaud Montebourg, l’emmerdeur utile du PS

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Après son rapport accusatoire sur les pratiques du PS des Bouches-du-Rhône, Arnaud Montebourg a adressé hier lundi une lettre ouverte à Martine Aubry. Il réitère ses accusations et réclame des sanctions contre Jean-Noël Guérini. Montebourg, c'est l’emmerdeur utile du PS.

Arnaud Montebourg est un homme beau parleur, avec une éloquence un peu désuète, très IIIème République, et une propension à jouer les redresseurs de torts qui ne lui vaut pas que des amis. Depuis qu’il est un des dirigeants en vue du PS, et même candidat aux primaires pour 2012, on pouvait croire qu’il s’était assagi, qu’il était rentré dans le rang. Eh bien c’était faux et il redit, dans sa lettre à Martine Aubry, combien il juge nécessaire de défendre la démocratie, l’honneur, la probité y compris dans son propre parti – si on peut dire « propre » compte tenu de ce que l’on découvre à Marseille, justement. Mais le comble, c’est que pour avoir dénoncé à la direction du PS les dérives du « système Guérini », c’est lui qui est en position d’accusé !

L’entourage de Martine Aubry parle d’accusations sans preuves. Ce n’est pas exact ?
On est en plein jésuitisme. De quoi parle-t-on ? En décembre, Arnaud Montebourg, secrétaire national du PS chargé de la rénovation, a rédigé un rapport sur le PS des Bouches-du-Rhône, qui s’appuie sur des témoignages et qui recense des épisodes ahurissants. Il explique que tous les élus sont soumis à une sorte de chantage aux subventions qui n’est possible que parce qu’un même homme, Jean-Noël Guérini, préside à la fois la fédération socialiste et le conseil général – ce que les statuts du PS interdisent. Un élu lui a même raconté qu’il avait été menacé dans son bureau avec une arme ! Martine Aubry s’est empressée d’enterrer le rapport et maintenant que son contenu est public, elle reproche à Montebourg de n’avoir pas gardé ses accusations pour lui, à la veille des élections cantonales. Autrement dit : elle lui reproche d’avoir brisé l’omerta.

Jean-Noël Guérini, lui, annonce des plaintes en diffamation. Il a aussi demandé de lui-même une commission d’enquête interne. Est-ce que c’est une diversion ?
En tout cas, ça y ressemble. Il a préféré prendre les devants plutôt que d’attendre qu’on lui demande des comptes. Il joue d’ailleurs sur la confusion avec l’enquête judiciaire sur les marchés publics de l’agglomération marseillaise, dans laquelle son frère est en prison et qui semble peu à peu s’approcher de lui. Sur le plan judiciaire, on doit bien sûr lui reconnaître la présomption d’innocence. On verra ce que le juge va trouver. Mais le rapport Montebourg parle d’autre chose. Le système qu’il décrit, ce n’est pas celui sur lequel la justice enquête. C’est un système de clientélisme politique fondé sur l’intimidation qui n’a rien à voir avec les mœurs qu’on est en droit d’attendre d’un grand parti démocratique dans la 2e ville de France. Si Montebourg apparaît comme un chevalier blanc, c’est d’abord parce qu’il y a un côté obscur, et dans les coulisses des partis politiques, de sombres arrangements.

Est-ce que cette affaire fragilise Martine Aubry ?
Elle atteint le PS dans son ensemble. L’attitude de Martine Aubry et de ses proches témoigne d’un embarras évident. Elle s’était montrée plus expéditive pour écarter Georges Frêche après ses dérapages verbaux. Et plus récemment, on l’a vu plus tranchante pour dénoncer les vacances de MAM en Tunisie. Elle vient de signer un texte sur le « changement de civilisation ». Il faut peut-être espérer que ce changement s’applique au PS.

Ecoutez le « Parti pris » de ce mardi 8 mars avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno