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Aubry est meilleure depuis qu'elle sait qu'elle va perdre

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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Dernière ligne droite avant la fin des primaires socialistes. Après le débat de mercredi soir, Hollande reste favori mais Martine Aubry est passé à l'offensive. Une seule explication: elle est meilleure depuis qu'elle sait qu'elle va perdre.

Arithmétiquement, politiquement, psychologiquement, François Hollande a gagné cette bataille – donc Martine Aubry va la perdre. Ce n’est pas un jugement de valeur : ils ont tous les deux des qualités, et j’irai jusqu’à dire que durant la campagne, c’est Martine Aubry qui en a montré le plus. Mais quand on écrira l’histoire de cette primaire, on retiendra que c’est celui qui le voulait le plus qui l’a emporté. Et je crois que, comme Martine Aubry l’a compris, elle est libérée. Elle se montre plus offensive, plus déterminée. Comme un joueur de tennis qui est à quelques points de la défaite : elle lâche ses coups.

Si elle lâche ses coups, c'est qu'elle les avait retenus ?

C’est évident. Martine Aubry a eu beau dire qu’elle avait « de l’amitié » pour François Hollande, ceux qui les connaissent savent que c’est faux. Politiquement, ils ont très peu de divergences. Mais humainement, le moins qu’on puisse dire est qu’ils sont assez éloignés… Seulement il fallait respecter la règle de fair-play qu’elle a elle-même fixée pour que la primaire ne tourne pas à la bagarre générale. Martine Aubry ne pouvait pas donner le mauvais exemple en envoyant des missiles sur son rival – ce n’était pas l’envie qui lui en manquait… Résultat : elle a fait une campagne contre-nature. Et comme, en plus, elle était déjà candidate à contrecœur, on comprend qu’elle soit soulagée que ça se termine…

Elle n'aurait donc jamais vraiment voulu se présenter à la présidentielle ?

Quoi qu’elle en dise, il est clair qu’elle avait prévu de se ranger derrière DSK – et que, à l’inverse de François Hollande, elle n’est pas forcément convaincue d’être meilleure que tout le monde. Au moins maintenant, son problème est réglé : c’est Hollande qui sera en 1ère ligne et elle n’aura pas à rougir, elle, de sa performance. Ses partisans ont eu très peur d’une déroute il y a un mois. Finalement, elle s’est montrée solide et compétente et à l’arrivée, elle a fait un score honorable. Elle peut se prévaloir de l’organisation réussie de la primaire. Et aussi d’avoir remis de l’ordre au PS, comme elle le dit souvent elle-même – pour souligner qu’avant elle, c’était le bazar et la léthargie : la « gauche molle », si vous voyez ce que je veux dire…

Est-ce que les attaques assez vives qu'elle a portées ces derniers jours contre François Hollande ne peuvent pas se retourner contre elle ?

Contre lui d’abord : elle a quand même flingué publiquement ce qui est censé être le point fort de son projet : le contrat de générations, dont elle a dit, sur un ton catégorique, qu’il ne « marcherait pas ». Ajouté à ses allusions répétées au manque de caractère supposé de François Hollande, il est vrai que ça fait beaucoup – même si ça ne devrait pas suffire à inverser la tendance. De toute façon, Hollande est condamné à s’entendre avec elle pour la campagne de l’an prochain. Et il peut remercier Martine Aubry d’avoir su rassembler le PS. Surtout si, en définitive, le rassemblement se fait contre elle.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce Vendredi 14 octobre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno