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Comment Hollande est passé de favori à challenger

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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François Hollande, candidat favori des sondages, pourrait se faire doubler par Martine Aubry si les électeurs de Montebourg reportaient leur voix vers la 1ère secrétaire du PS. Hollande ne gagne en tout cas pas à être connu...

Ce n’est pas un jugement de valeur, mais un constat mathématique. François Hollande est entré dans les primaires avec un statut d’archi-favori. En vainqueur désigné d’avance, il s’est installé dans le rôle du rassembleur au-dessus de la mêlée et les sondages ont commencé à crépiter. Et là, d’un seul coup, il s’est arrêté net. Il s’est mis à gérer un capital de sympathie virtuel comme si c’était le résultat d’un vote qui aurait déjà eu lieu. Il a été comme saisi par la peur de dilapider ce qu’il n’avait pas encore gagné. Alors il a fait du surplace. Il s’est mis à parler pour ne rien dire, à esquiver les questions. Le résultat, c’est que plus il s’est montré, moins il s’est dévoilé. Et plus il a perdu du terrain.

Hollande a 8 points d'avance sur Aubry. Peut-il être battu au second tour ?

Il garde l’avantage, c’est indéniable. Il n’empêche que si on se souvient qu’il y a une semaine, ses lieutenants se demandaient s’il faudrait un second tour, on mesure le terrain perdu. Certains de ses proches l’avouent à voix basse : les derniers jours avant le 1er tour ont été terribles. Il fallait qu’il se montre partout, qu’il parle sans arrêt… mais qu’il ne dise jamais rien. Les débats télévisés ont été rudes pour lui. Il a pourtant une certaine habitude : c’est un obsédé du consensus. Le problème, c’est que ces confrontations étaient faites pour souligner les différences entre les candidats… A l’image, sa tactique de l’évitement est devenue de plus en plus voyante – et de plus en plus agaçante.

C'est la cause principale de sa (relative) contre-performance ?

Très clairement, oui. Martine Aubry l’a compris un peu tard, mais son leitmotiv sur la « gauche molle » a fait écho dans l’opinion. D’autant que, dans le même temps, la percée de Montebourg s’est fondée sur une promesse de radicalité qui souligne les fluctuations, les hésitations, les tergiversations de F. Hollande. Lui, on l’a vu prendre des poses d’homme décidé – mais essentiellement décidé… à ne rien dire. De ce point de vue, Hollande se positionne clairement comme l’anti-Sarkozy : son obsession est d’éviter les clivages et non pas de les souligner. Il est aux antipodes du président bling-bling, mais par moment, c’est un candidat bla-bla…

Est-ce que Montebourg peut obliger Hollande à clarifier sa position avant le 2nd tour ?

C’est évidemment son ambition. Mais il est bien placé pour savoir que F. Hollande a une sainte horreur des clarifications. En onze années à la tête du PS, il n’a eu de cesse d’empêcher tous les débats sur la ligne du PS – c’est en grande partie la raison pour laquelle les socialistes français n’ont toujours pas tranché entre le marxisme et la social-démocratie. A titre personnel, Hollande est à la fois un héritier de F. Mitterrand et de J. Delors – sans que l’on sache bien de qui il tient le caractère ni de qui il défend les idées. Par tactique comme par tempérament, il répugne toujours à sortir de l’ambiguïté. Au train où vont les choses, il est capable de gagner la primaire sans l’avoir fait. Mais pour espérer être président, il faudra quand-même qu’il accepte d’abord d’être vraiment candidat.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce Lundi 11 octobre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno