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Conflits d'intérêts : les ministres déclarent le minimum...

« Le réveil de la politique » du lundi au vendredi à 5h50 sur RMC, avec Véronique Jacquier

« Le réveil de la politique » du lundi au vendredi à 5h50 sur RMC, avec Véronique Jacquier - -

Comme « promis », depuis ce jeudi « les déclarations d'intérêts » des membres du gouvernement, censées recenser leurs biens pour prévenir tout conflit d’intérêts, sont consultables sur internet. Mais on a envie de dire : tout ça pour ça ?

Les ministres ont déclaré le « minimum du minimum » sur le site internet du gouvernement. Mais à quoi peuvent bien servir ces « déclarations d’intérêt », mises en ligne depuis jeudi ?
Cela permet de recenser les biens du ministre afin de prouver qu’il ne s’est pas enrichi lors de son passage au gouvernement. Car on est en droit de se demander s'il est pertinent de nommer comme ministre de la Santé, un homme politique ayant des parts dans une clinique. De même, est-il judicieux de lui confier le portefeuille de l'Energie s'il déclare des actions EDF ? Le ministre doit désormais exposer son passé professionnel et indiquer s’il possède des participations financières dans une entreprise. Mais attention, cette déclaration est obligatoire uniquement pour les participations supérieures à 5 000 euros.
Et puis c'est tout ! Nous ne saurons rien du patrimoine immobilier des membres du gouvernement, ni de leur Sicav ou de leur fond de placement. De plus, les biens du conjoint, s’ils font partie de la déclaration d'intérêt, ne sont pas rendus publics.

Pour réduire son ISF, Lagarde investit dans une start-up

Mais alors, qu’apprend-on sur les biens de nos ministres ? J’ai trouvé une petite pépite sur le site www.gouvernement.fr concernant la ministre des Finances Christine Lagarde : c’est elle qui optimise le mieux sa fiscalité. Pour réduire le montant de l’impôt sur la fortune auquel elle est soumise, elle a investi dans une petite société de logiciels innovante. Et cet investissement a été rendu possible grâce à... une loi qu’elle a fait voter en 2007 ! On apprend aussi que le secrétaire d'Etat aux transports, Thierry Mariani, est lui aussi imposé à l'ISF depuis le décès de son père qui avait une entreprise de 30 salariés. Le secrétaire d’Etat détaille sur le site du gouvernement une longue série de placements...

« Rien à déclarer » ?

Concernant les autres ministres, il n’y a quasiment rien à déclarer. On découvre que le Premier ministre François Fillon possède des actions chez EDF et au Crédit Agricole. Il précise que leur gestion est confiée à un intermédiaire (on comprend qu'il n'ait pas le temps de s’en occuper…). Le ministre de l’Education Luc Chatel a un plan épargne en actions au Crédit Agricole. La ministre des Sports Chantal Jouanno, des actions Pernod Ricard et le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, un contrat assurance vie. Mais la plupart des ministres se contentent d'écrire « néant » dans les cases de déclaration d'intérêt...

Un petit pas vers la transparence politique

Cependant, on ne peut pas dire que les ministres n’ont pas joué le jeu, dans la mesure où il s’agit d’une déclaration d'intérêts et non de patrimoine. Cette envie d’être irréprochable est née en juillet 2010, en pleine affaire Woerth-Bettencourt. Le ministre du travail de l’époque Eric Woerth, également trésorier de l'UMP, est alors soupçonné de conflit d'intérêts.
Mais le gouvernement ne souhaite pas se contenter d'une mise en ligne des déclarations d'intérêts, il a décidé d’aller plus loin et de présenter un projet de loi avant la mi-juin. En attendant, nous avançons d’un petit pas vers la transparence politique. Mais il y a encore un long chemin à faire...

Ecoutez le « Réveil de la politique » de ce vendredi 22 avril sur RMC avec Véronique Jacquier et Fabien Crombé :

Véronique Jacquier