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Crèches de Noël: des sénateurs veulent légiférer pour les autoriser dans les bâtiments publics

Alors que la justice a ordonné le retrait des crèches de Noël dans les mairies de Béziers et plus récemment de Perpignan, des sénateurs Les Républicains veulent déposer un texte afin de modifier la loi de 1905, séparant l’Église et l’État, dans l’optique de pouvoir réinstaurer ces crèches de Noël dans les bâtiments publics.

Entre culte et culture, il faut trancher. Si pour beaucoup de Français, la crèche relève de la culture de Noël, il semblerait qu'elle s'apparente encore plus au culte religieux de Noël, en tout cas aux yeux de la justice française.

Après une saisine par la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), le tribunal administratif de Montpellier a sommé la mairie de Perpignan de retirer la crèche de Noël installée dans le bâtiment. Une décision qui fait écho à celle concernant la mairie de Béziers.

Le motif invoqué par le tribunal est le même: un bâtiment public, tel qu’une mairie, est soumis à la stricte loi de 1905 séparant l’Eglise et l’Etat. Dès lors, aucun symbole religieux n’y est toléré. Ici, la crèche de Noël est donc considérée comme une relique chrétienne et n’est donc pas autorisée à être disposée dans une mairie.

"Le but est de préserver notre patrimoine"

Le débat sur les crèches de Noël est donc une fois encore de retour. Réagissant à ces multiples décisions de justice, une vingtaine de sénateurs Les Républicains font savoir qu'ils souhaitent déposer une proposition pour modifier la loi sur la laïcité de 1905, pour faire rentrer la crèche et ses petits santons, dans les mairies.

Invité de "Charles Matin" sur RMC, le sénateur Stéphane Le Rudulier fait partie de ces parlementaires des Républicains souhaitant une modification de la loi de 1905.

Le sénateur des Bouches-du-Rhône explique vouloir “préserver notre patrimoine": "Tout ce qui est relatif à notre histoire et notre patrimoine français doit être préservé”.

Il martèle par ailleurs que la loi de 1905 n’est pas assez “précise”, notamment “sur l’article 28 où nous venons préciser ce qu'est le patrimoine culturel". "C’est pour cela que nous citons les crèches, les arbres de Noël, les santons, les galettes des rois ou les œufs de Pâques, qui pour nous relèvent plus du caractère culturel que du caractère cultuel”.

“L’idée est de revenir à nos racines, d’éviter de déraciner la France de tout le caractère identitaire qu’elle a, notamment sur ces symboles précieux qui, dans l’opinion publique, revêtent un caractère d’importance, notamment au moment des fêtes de Noël”, estime le sénateur LR.

"Le Conseil constitutionnel ne laissera pas cela passer"

Toutefois, selon Evelyne Sire-Marin, magistrate honoraire et membre du bureau de la Ligue des droits de l'homme, la mise en œuvre d’un texte comme celui proposé par les sénateurs des Républicains serait la porte ouverte à des débordements.

Comme “les écoles, les mairies, les commissariats, les tribunaux doivent être laïques, donc sans signe religieux”. La proposition des sénateurs laisserait par exemple la possibilité d’installer une crèche de Noël dans un tribunal.

“Une crèche de Noël, on sait bien que ça fait référence à la Bible. Mais l’Etat n’a pas le droit d’apposer, sur ses monuments, des signes qui feraient penser à une religion. C’est pour ça que ce que proposent les sénateurs LR, ce serait inconstitutionnel. (...) Le Conseil constitutionnel ne laissera pas cela passer, c’est impossible”, assure la magistrate.

Du côté de Stéphane Le Rudulier, on rétorque que la justice a donné raison à certaines communes, en 2016 et 2017, lors d’installations de crèches. “Aujourd’hui, il y a un revirement de la jurisprudence avec ces décisions qui viennent de tomber. (...) En fonction du juge, il y a une variation de la décision et c’est ce qu’il faut éviter”, explique le sénateur. “La loi doit être applicable pour tous, partout en France, et là ce n’est pas le cas”, ajoute-t-il.

Le sénateur conclut en affirmant que “l’urgence, c’est notre identité parce que certains veulent vider notre espace public de toutes références identitaires”. Pour lui, “on prend le risque d’un appel d’air de communautarisme, où on aurait une juxtaposition de communautés qui vivent les unes à côté des autres, ce qu’il faut éviter”.

Alexis Lalemant