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Débat politique niveau cour de récré

Christophe Jakubyszyn.

Christophe Jakubyszyn. - -

Pour Bernard Accoyer, une victoire de François Hollande aurait les conséquences d'une guerre. Nadine Morano qualifie elle le candidat PS de "dangereux". A J-101 du 1er tour de l'élection présidentielle, on touche le fond.

Hier mercredi, ce n'était plus de la politique. Le vocabulaire est devenu vulgaire, parfois guerrier. Après "pauvre con", "sale mec", on est entré "en guerre". Cela a commencé par Bernard Accoyer, le président de l'Assemblée nationale. Il a expliqué que l'alternance en 2012 aurait des conséquences comparables à celles provoquées par une guerre: "La gravité de la situation exige un cap et ne saurait s'accommoder ni de flou ni de valses hésitations sur des sujets essentiels. Si nous ratons ce rendez-vous de la responsabilité et du courage, les conséquences économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre".

La gauche ne relève pas le niveau

Les réactions à gauche n'ont pas toujours été très fines non plus. Le président socialiste du Sénat, François Rebsamen a accusé Bernard Accoyer d'imiter "les bruits du chien". Pour le chef de file des députés communistes, les déclarations de M. Accoyer rappellent "les heures les plus sombres qu'ait traversé notre pays lorsque certains disaient : plutôt Hitler que le front populaire".

Morano: "Hollande, un homme dangereux"

Le valeureux soldat Nadine Morano est parti sabre au clair contre l'anti-France: "François Hollande par ses propositions, qui s'attaque à ce qui marche le mieux alors qu'il devrait s'attarder à des propositions sur l'emploi est un homme dangereux pour la France". François Hollande a pris le parti hier d'en sourire en répondant directement à Nadine Morano: "Le combat sera rude, je le sais. Je vois les systèmes que certains utilisent. Les mots, j'en suis affublé de tant. Dans les comparaisons animalières, j'ai maintenant droit à toutes les catégories. Certains pensent même que je suis un danger pour la France, belle conception de la démocratie".

Dérapages contrôlés

Tout est très organisé. Les "dérapages" sont sous contrôle, le chef de l'UMP Jean-François Copé s'est félicité hier en petit comité de la réactivité de l'UMP face aux déclarations et propositions de François Hollande en soulignant : "Chez nous, c'est massacre à la tronçonneuse". Pas étonnant que l'on soit dans ce vocabulaire guerrier et de films d'horreur car vous le savez, à droite, il y a ce que l'on appelle la "cellule riposte". Elle se réunit sous la houlette de l'ex-ministre Brice Hortefeux, en liaison étroite avec Jean-François Copé. Elle est composée d'une vingtaine de personnes, ministres, parlementaires et se réunit au moins deux fois par semaine. Ils préparent donc les argumentaires de campagne. Ce vocabulaire guerrier ne grandit pas le débat démocratique. A gauche non plus d'ailleurs, mi-décembre Laurent Fabius avait lâché: "Il serait temps de faire nous aussi monter les snipers".

Des écarts de langage qui cachent de la fébrilité

C'est peut-être que les deux favoris ont du mal à se distinguer sur le fond. On sait que leur politique économique par exemple sera sensiblement identique. C'est peut être aussi à droite le signe d'une certaine fébrilité face à la victoire annoncée de François Hollande dans les sondages aujourd'hui. Il faut souder le peuple de droite autour du président, autour d'un slogan qui pourrait ressembler un peu à "au secours, la gauche revient". Souvenez-vous, en 1986, la gauche avait pris le slogan inverse.

Écoutez la chronique de Christophe Jakubyszyn, "Les coulisses de la politique" du Jeudi 12 janvier à 7h20.

Christophe Jakubyszyn