RMC

Députée, j'ai décidé de ne pas me représenter: je ne me sentais pas épanouie, je n'ai aucun regret

-

- - ROMAIN LAFABREGUE / AFP

Selon les décodeurs du Monde, 36 % des députés actuels ne se représenteront pas aux élections législatives de juin prochain et laisseraient ainsi leur siège à de nouveaux élus. C'est le cas de Nathalie Nieson, députée-maire PS de Bourg-de-Péage dans la Drôme, qui n'a pourtant qu'un seul mandat de députée à son actif.

Nathalie Nieson est députée-maire PS de Bourg-de-Péage dans la Drôme et auteure de La députée du coin (éditions du Seuil):

"Je privilégie mon mandat local parce que c'est un mandat dans lequel je me retrouve totalement. C'est un mandat de proximité, d'action. Je suis plus en phase avec moi-même, avec l'action politique que je souhaite, en restant maire plutôt qu'en voulant renouveler mon mandat de député. Je ne dirai pas que j'ai vécu une mauvaise expérience en étant députée parce que ça m'a permis de travailler sur des sujets intéressants comme l'aide aux victimes. Cela m'a aussi permis de rencontrer des personnes de tous les horizons. Mais, en termes d'efficacité, d'utilité je me sens plus en phase avec mon mandat de maire.

"J'ai ressenti la pression de devoir soutenir le gouvernement"

Dès 2014, au moment où je me suis représentée comme maire de Bourg-de-Péage, j'avais dit que je ne me représenterai pas à la députation parce que je voulais avoir un discours de clarté vis-à-vis de mes concitoyens. Ce n'est donc pas une posture de circonstances. Et puis, j'avoue que, quelle que soit la période, quel que soit le quinquennat, les parlementaires, les députés sont dans la posture. Il y a ceux qui soutiennent le gouvernement, ceux qui sont les bons petits soldats, et ceux qui sont dans l'opposition.

Il arrive un moment où les jeux de posture sont beaucoup plus prégnants que l'action utile et sans pression que l'on a sur le terrain. Personnellement, j'ai ressenti la pression de devoir soutenir le gouvernement. Je ne voulais pas être une gêne pour le gouvernement que je soutenais donc j'ai voté des textes parce que le groupe le demandait. J'ai soutenu des positions parce que, en redescendant de Paris, on nous demandait de les soutenir. J'ai aussi été obligée de faire volte-face quand nous sommes revenus en arrière, notamment sur la question de la déchéance de nationalité.

"C'est un soulagement"

J'ai soutenu ce projet parce qu'il était soutenu par le président et le gouvernement. Et, quand le président a renoncé, j'ai dû rétropédaler et expliquer pourquoi il était pertinent et intelligent de renoncer. Je n'en pouvais donc plus de ce mandat où l'on n'a pas vraiment de marges de manœuvre, où l'on doit quand même être dans le soutien ou l'opposition de circonstances. Je ne sais pas si je ne me sentais pas à ma place, mais en tout cas je ne me sentais pas épanouie dans mon mandat.

En revanche, en tant que maire, on agit concrètement pour nos concitoyens. On travaille avec eux et pour eux. Même s'il y a des contraintes budgétaires ou en termes de consensus à trouver, à côté de cela, cela va beaucoup plus vite en termes d'action, de réactivité, de choses que l'on met en place. Il y a beaucoup moins de filtres. Nous n'avons pas la pression des services de l'Etat, de la haute fonction publique, des ministères qui vous mettent des bâtons dans les roues. On agit concrètement et efficacement. Je n'ai donc aucun regret de lâcher mon mandat de député. C'est même un soulagement".

Maxime Ricard avec Juliette Droz