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Deux ou trois raisons de ne pas voter… Dupont-Aignan

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC.

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Jean-Jacques Bourdin recevait Nicolas Dupont-Aignan ce mercredi sur RMC/BFMTV. Le candidat de Debout La République se veut l'héritier du Général de Gaulle. Mais n'est pas De Gaulle qui veut...

Nicolas Dupont-Aignan se pose en candidat du « patriotisme tranquille ». Je ne sais pas ce qu’il a de tranquille mais l’évocation du patriotisme en temps de paix a toujours quelque chose d’inquiétant. Le plus souvent, c’est l’alibi du nationalisme et même de l’isolationnisme. C’est sûrement pour atténuer cette impression fâcheuse – et un peu facho – que N. Dupont-Aignan se sent obligé de jurer qu’il n’y a pas plus européen que lui ; alors qu’il veut sortir de l’Union européenne, de l’euro, et aussi du commandement intégré de l’OTAN. C’est-à-dire qu’il voit la France en grand à condition qu’elle soit seule. Son obsession des frontières rappelle le culte des généraux français pour la Ligne Maginot. La position de N. Dupont-Aignan, c’est une position de repli – de repli sur soi.

C’est paradoxal : il se réclame du général De Gaulle !

C’est un autre reproche qu’on peut lui faire. Invoquer De gaulle, ce n’est pas très original : il suffit d’en appeler à l’indépendance de la France et hop, vous voilà gaulliste. Comme le général a d’abord été considéré comme un traître puis un illuminé, un candidat qui passe seulement pour un rebelle ultra-minoritaire peut s’imaginer un avenir. Le problème, c’est qu’il ne suffit pas d’être solitaire et content de soi pour être l’homme du 18 juin – il ne faut pas confondre le général de Gaulle avec le schtroumpf grognon… Dans le cas de N. Dupont-Aignan, il y a un décalage gênant entre la grandeur de l’ambition nationale qu’il défend et l’étroitesse, l’exigüité de la France qu’il dessine. En fait de gaullisme, son projet, c’est du souverainisme, du protectionnisme et pas mal… d’opportunisme.

Cela signifie qu’il ne croit pas ce qu’il dit ?

On peut intenter ce procès à tous les candidats – ou alors à aucun. Ce qui est clair, c’est que N. Dupont-Aignan a peut-être une doctrine mais il a surtout une tactique. Il essaie d’occuper un espace entre l’UMP et le FN que, avant lui, Ph. de Villiers ou Ch. Pasqua ont essayé d’occuper le créneau d’une droite robuste, populaire et assez radicale, mais sans le discours anti-immigrés de M. Le Pen. La limite de sa posture bleu-blanc-rouge, c’est qu’il ne se donne même pas la peine de présenter une facture crédible de son projet – il sait qu’il ne sera pas appliqué. Donc avec lui, on renationalise EDF, GDF et les autoroutes, on construit des prisons, on investit dans la recherche mais on ne sait pas combien ça coute. Il dit aussi qu’il préfère consacrer des milliards à construire un 2è porte-avions plutôt qu’à aider les banques au Portugal ou en Grèce. On ose à peine dire que c’est un argument… bateau.

Ecoutez ci-dessous le podcast intégral du Parti Pris d'Hervé Gattegno ce mercredi 11 avril 2012 :

Hervé Gattegno