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DSK, exécuté par l'image

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Hier lundi on a vu Dominique Strauss-Kahn à la télévision, devant le juge de New York qui a ordonné son incarcération. Une scène non seulement éprouvante mais malsaine. DSK n'est pas condamné mais il a déjà été exécuté... par l'image.

Je crois qu'en regardant ces images terribles, beaucoup de Français ont dû ressentir la même chose que moi : de la souffrance, de la compassion face à ce qui apparaît comme une violence inouïe, la déchéance, l'humiliation d'un homme public. Voir cet homme puissant, respecté, que les Français apprécient - les sondages n'ont cessé de le dire depuis des mois -, le voir dans cette salle d'audience, le regard vide, l'air perdu, défait, mutique, c'était en effet un spectacle très éprouvant et pathétique. Un spectacle - et c'était hélas le mot - qui mettait mal à l'aise, jusqu'à la nausée. Quoi qu'on pense de DSK et des faits qui lui sont reprochés (qui sont très graves), on ne pouvait pas rester insensible à cette forme d'exécution médiatique.

Est-ce que c'est le décalage entre la justice française et le système américain qui fait que ces images nous semblent tellement choquantes ?

En partie, bien sûr. En France, la loi interdit de montrer des images d'un homme menotté ; elle interdit aussi de filmer dans une salle d'audience. Et d'une façon générale, c'est vrai que nous avons, nous, une déférence particulière pour les personnalités - alors que les Américains veulent au contraire montrer qu'ils ne favorisent personne. À Paris, DSK serait entré au palais de justice par le sous-sol, dans une voiture et on n'aurait rien vu du tout. À New York, nous savons que la police a donné aux télévisions la possibilité de le filmer en échange d'une discrétion absolue sur la plaignante. C'est vrai que l'Amérique est le pays du cinéma, de la mise en scène. Mais c'est aussi une grande démocratie qui, parfois, n'agit pas de façon très démocratique. C'était le cas hier.

Pour moi, les droits de la défense n'ont pas été respectés. Certes, ses avocats ont pu plaider sa cause et la juge a repoussé leurs arguments…

Mais aucun débat contradictoire n'a eu lieu pour l'instant. Les avocats de DSK ont plaidé pour qu'il n'aille pas en prison, mais sans savoir de quels éléments dispose l'accusation. Le procureur parle d'une autre affaire de mœurs qui pourrait impliquer DSK, mais sans donner aucune précision. Dans la justice américaine, le procès est un match entre le procureur et la défense dans lequel (presque) tous les coups sont permis. Or pour l'instant, le match n'est pas équitable puisque seul le parquet a l'initiative. Cela aussi heurte notre regard français...

D'autant qu'on n'a toujours pas entendu la version de DSK. Un rebondissement est-il encore possible ?

Rien ne permet de l'exclure puisque, précisément, on ne sait pas ce qu'il a à dire. C'est bien cela qui est terrifiant : en 48 heures, DSK a peut-être tout perdu - ses fonctions au FMI, son avenir politique, sa liberté - et on n'a toujours pas entendu sa version des faits. C'est aussi pourquoi ces images ont tant de poids. Elles font de lui un coupable avant qu'il ait eu le droit à la parole. Et elles sont si cruelles qu'hier, pendant ces heures très pénibles, c'était impossible de ne pas le voir seulement comme un suspect, mais aussi comme une victime.

Ecoutez «le parti pris» de ce lundi 16 mai avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC:

Hervé Gattegno