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En Syrie, le déshonneur des démocraties

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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La répression des manifestants en Syrie a encore fait 17 morts dans la journée de mardi. A Damas, les démocraties sont en train de perdre leur honneur…

Hélas, peut-être même qu'elles l'ont déjà perdu. Le rapport de la haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, rendu il y a quelques jours, affirme que 5 000 personnes ont été tuées par le régime syrien depuis le début du mouvement de contestation, en mars. Ce qui est décrit dans ce rapport donne le frisson et la nausée : des arrestations, des tortures, mais aussi des atrocités inimaginables, y compris sur des enfants. On est dans la sauvagerie absolue. Et pendant ce temps-là, les grandes nations jouent une sorte de partie d'échecs au conseil de sécurité pour savoir si, oui ou non, on peut signer une résolution qui condamnerait le président Assad et ses hommes. Pardon d'être un peu naïf, mais il est sans doute déjà bien tard pour les mots. Il faudrait passer aux actes.

Une intervention militaire de l'ONU ? Mais la Russie et la Chine s'y opposent obstinément...

Sans doute, mais l'ONU n'est jamais favorable a priori à des interventions armées - c'est la moindre des choses pour une organisation chargée d'assurer la paix. Quand la question s'est posée en Libye, il a fallu aussi convaincre les dirigeants de la Russie et de la Chine qu'on ne pouvait pas se contenter de froncer les sourcils ou de décréter des embargos. Nicolas Sarkozy s'y est employé - au départ dans le scepticisme général, mais il a eu raison. La différence, c'est que Kadhafi hurlait qu'il ferait couler "des rivières de sang". Alors que Bachar el-Assad, lui, dit à la télévision américaine, avec le sang-froid d'un psychopathe, qu'il est étranger à la répression et que "seul un fou pourrait faire tirer sur son peuple". On ne le lui fait pas dire, mais c'est comme si on le croyait sur parole puisqu'on ne fait rien !

L'Europe a quand même annoncé mardi qu'elle veut convaincre le président russe Medvedev (qui sera demain à Bruxelles) d'accepter des sanctions contre Damas. Donc les choses avancent...

Trop lentement, mais c'est aussi le problème d'une Europe sans leadership - ce que la crise de la dette montre jour après jour. D'une façon générale, les démocraties sont aussi entravées par leurs propres règles, leurs contre-pouvoirs, l'opinion qu'il faut ménager. Obama n'est pas très chaud pour engager des soldats en Syrie à un an des élections - et alors qu'il a eu du mal à quitter l'Afghanistan. Et Nicolas Sarkozy pas beaucoup plus. C'est pourquoi tout le monde fait semblant d'en tenir pour des sanctions économiques - qui n'empêcheront pas la répression syrienne de continuer. Donc il faut dire stop. Et proposer une résolution chaque semaine s'il le faut. Jusqu'à ce que Vladimir Poutine cède - ne serait-ce que pour prouver qu'il est bien dans le camp des démocraties, non du côté des dictatures...

Et si rien ne se passe, comment peut se terminer le soulèvement syrien ?

Par le pire, mais en réalité la fin de l'histoire est écrite. Le régime syrien ne pourra pas tenir éternellement sur la peur. On l'a cru pour la Tunisie et plus encore pour l'Égypte, et les dictatures sont tombées. Comment imaginer que demain, on discute de l'avenir du Proche-Orient avec un tyran qu'on aurait laissé massacrer son peuple ? C'est impensable. Donc la solution n'est plus aux atermoiements de la realpolitik. Elle est à la fois simple et brutale : il faut menacer puis agir militairement. C'est-à-dire résolument préférer l'honneur à l'horreur.

Hervé Gattegno