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François Hollande tente "une forme de baroud d'honneur, pas de suicide politique"

François Hollande

François Hollande - AFP

Alors que la sortie du livre Un président ne devrait pas dire ça de Gérard Davet et Fabrice Lhomme est perçu comme un "suicide politique" par beaucoup, Jean-Pierre Friedman, psychanalyste, auteur de Du Pouvoir et des Hommes et Du Pouvoir des Femmes (Editions Michalon), estime pour sa part que François Hollande "est en campagne" et "veut montrer qu'il a les crocs".

"Je ne sais pas si c'est l'exercice du pouvoir qui l'a changé mais l'homme conciliateur et prudent à l'air de vouloir de plus en plus quitter cette image pour s'affirmer. On sent qu'il est déjà en campagne. Face à une droite et certains de collaborateurs qui dramatisent la situation, il a compris qu'il fallait un président qui soit plus classe. Ce qui n'était pas le cas avant quand il était Flanby. Je n'ai vraiment pas l'impression qu'il soit dans la fuite en avant. Je pense vraiment qu'il essaye de gommer son image précédente.

Il veut montrer qu'il a des crocs, qu'il est énergique alors que tout le monde dit qu'il ferait mieux de ne pas se représenter. Peut-être a-t-il été conseillé, mais en tout cas il change son image. On a vraiment l'impression qu'il change de peau, qu'il essaye de se mettre au-dessus de la mêlée, de dicter un peu son tempo. Il est fort possible qu'il est en train de se rappeler qu'il est un bébé Mitterrand. Il en copie un peu les méthodes.

"Il a enfin réalisé qu'il était président"

A mon avis, il a dans le collimateur Nicolas Sarkozy. Peut-être essaye-t-il de le prendre comme rival principal et de s'opposer à lui. Il vise celui qui lui semble le plus dangereux, même si c'est Juppé qui a l'air d'avoir le vent en poupe. Mais sa manière de faire campagne n'est pas la même qu'en 2012 car la fonction change l'homme. Il a enfin réalisé qu'il était le président de la République. Il lui a fallu cinq ans pour ça.

Après avoir été conciliateur, il devient offensif. Il est en campagne, d'attaque. Il ne lâchera rien. Il est déterminé à aller jusqu'au bout. Il a pris goût au pouvoir. Dans un de mes anciens livres, j'avais analysé sa personnalité et elle ne ressemblait pas du tout à celle qu'il reflète actuellement. Avant c'était 'Monsieur petites blagues', 'Monsieur conciliateur'. Il n'était pas un homme affirmé. Là, il semble sûr de son fait et ça se ressent même dans sa gestuelle, qui n'est plus la même.

"Il tient au pouvoir et veut le garder"

Le pouvoir est une drogue et quand on y a goûté on ne veut plus le lâcher. Et ça se voit bien chez lui. Il est au plus bas dans les sondages et pourtant il essaye de casser son image pour s'accrocher à son fauteuil. François Hollande est un animal politique comme les autres. Comme disait Giscard: 'Le Pouvoir c'est la vie'. Pour autant, il est moins certain qu'il semble prêt à tout pour le conserver. Il est fort possible qu'il n'ait pas le cynisme nécessaire, comme l'a Nicolas Sarkozy.

Il est fort possible qu'il ait des limites, même s'il est difficile de le dire car pour le moment ne se profile pas la nécessité d'un paroxysme. C'est une forme de baroud d'honneur mais pas de suicide politique. Il tient au pouvoir et veut le garder. Selon moi, il a réalisé que l'image qu'il donnait ne correspondait pas au niveau d'anxiété des Français. Que si on ne donnait pas un maximum de force, d'impression de puissance, on n'a aucune chance. Comme c'est un homme intelligent et finalement très souple, il s'est adapté".

Propos recueillis par Maxime Ricard