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«Hollande reste un candidat virtuel !»

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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François Hollande publie ce mardi matin une lettre aux Français dans le quotidien Libération. Pour ses partisans, elle constitue le vrai lancement de sa campagne. Pourtant, Hollande est toujours un candidat virtuel.

Nicolas Sarkozy est un candidat virtuel parce qu’il fait campagne sans s’être déclaré. François Hollande l’est, lui, parce que son projet est virtuel. Les semaines passent et on ne sait toujours à peu près rien de ce qu’il propose pour faire baisser le chômage, résorber les déficits, résoudre la crise de la dette... On pouvait espérer qu’avec ce texte, il allait sortir de ce halo de flou dont il reste enveloppé depuis la primaire. C’est non. L’article est titré : « Le changement, c’est maintenant ». Mais le contenu c’est plutôt : « Pour les détails, on verra plus tard. » Le problème, c’est que ce texte devait servir à corriger l’impression de flottement qui s’installe dans sa campagne. L’objectif n’est sûrement pas atteint

Les partisans de François Hollande inquiets malgré son avance dans les sondages

Clairement, oui. Officiellement, bien sûr, l’entourage du candidat (sur)joue la sérénité, la maîtrise du calendrier, le style « force tranquille » et justement la filiation avec François Mitterrand. En réalité, beaucoup de proches du candidat reconnaissent qu’ils ne s’attendaient pas à des débuts aussi laborieux – non seulement parce qu’il a perdu des points dans les sondages (même si, en effet, il devance toujours nettement Nicolas Sarkozy) ; mais surtout parce qu’il n’arrive pas à imprimer sa marque à la campagne. Ces jours-ci, on entend même d’éminents socialistes regretter le « charisme » de S. Royal – c’est dire ! Illustration récente : les vœux du candidat en vidéo, dits sur un ton monocorde et filmés dans une lumière blafarde sur un fond rose pâle – c’est le retour à la préhistoire de la communication politique ! Les socialistes attendent un patron. Ils ont une campagne de patronage…

L'absence de mise en scène: la marque du candidat Hollande

C’est la version positive. Sauf qu’avant d’être un « président normal », Hollande doit se résoudre à être un candidat normal, c’est-à-dire quelqu’un qui annonce ce qu’il veut faire. Il a raison d’écrire que « un mandat se juge sur ses résultats » mais sur quoi juge-t-on un candidat s’il ne dit rien ? Ce qu’il écrit sur le bilan de Nicolas Sarkozy est assez bien envoyé, y compris sa critique d’une impuissance politique qui jure avec l’omniprésence présidentielle. Le problème, c’est que cette critique ne suffit pas à structurer une candidature alternative. A lire le texte, ses axes de sa campagne sont la vérité, la volonté, l’espérance. Mais tous les candidats disent ça ! Son texte est plein de slogans creux : « maîtriser notre destin », « retrouver la confiance ». Soit. Mais comment ? Mystère et boule de gomme. Alors il ironise sur la « présidence de la parole » de Nicolas Sarkozy – il n’a pas tout à fait tort. Mais à force de parler pour ne rien dire, lui devient peu à peu le candidat du malentendu.

L'appel aux électeurs du FN et de la gauche non socialiste

C’est aussi le signe d’une inquiétude plus grande que les hollandistes ne veulent bien le dire. Il sait que Marine Le Pen séduit les classes populaires plus que lui. Il sait aussi que c’est à lui que Jean-Luc Mélenchon et Eva Joly prendront le plus de voix. Donc il lance un appel explicite au vote utile en expliquant qu’il est le seul à gauche à pouvoir être au second tour – ce qui est vrai. Mais comme il ne se donne pas plus de peine pour convaincre, il est moyennement convaincant. Conclusion : il dit qu’il se sent « prêt » à gouverner. Pour l’instant, il donne l’impression d’en être loin.

Écoutez le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce Mardi 3 Janvier 2012:

Hervé Gattegno