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L'Assemblée nationale à Marseille? "Un non-sens historique et démocratique"

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Dans une note à la Fondation Jaurès, le député LREM Adrien Taquet propose de délocaliser l'Assemblée nationale, proposant même Marseille. "Totalement démago", estime le député LR de la Manche Philippe Gosselin.

Philippe Gosselin est député LR de la Manche, il a réagi sur Twitter à la proposition d'Adrien Taquet.

"Je voulais faire une pointe d'humour, je ne sais pas si c'est réussi. En tout cas, ce déménagement à Marseille m'a interpellé, je trouve que c'est évidemment totalement démago, même si sur le fond, ça ne remet pas en cause un certain nombre de ses remarques concernant la modernisation de l'Assemblée nationale.

Mais en même temps, il y a un certain nombre de symboles. Je crois qu'il est important que l'Assemblée nationale comme le Sénat, restent l'Assemblée nationale et le Sénat. Nous sommes aussi le fruit d'une histoire et nous nous inscrivons, dans cette mandature comme dans toutes les autres, dans une histoire démocratique. Faut-il lui rappeler que depuis 200 ans, dès 1795, ce Palais-Bourbon, qui était d'abord un palais privé, a été sanctuarisé pour être le lieu où on fait la loi?

"Un imaginaire républicain important"

Il y a cet imaginaire républicain qui est important. Si Bonn a cessé d'être capitale en Allemagne au moment de la réunification, si le Bundestag a repris son lieu d'origine après avoir été incendié dans les conditions que l'on sait en 1933, ce n'est pas un hasard, c'est qu'on a besoin de symboles. Donc déménager l'Assemblée nationale, c'est non seulement un non-sens historique mais aussi un non-sens démocratique.

On peut remettre en cause le côté jacobin de la France, on peut souhaiter plus de décentralisation, plus de parole aux régions, aux territoires ou aux citoyens, mais il est important que ce lieu chargé d'histoire où les grands ancêtres se sont exprimés soit conservé.

350 députés? "Attention danger"

Il faut donc s'inscrire dans cette continuité, pour le reste on peut effectivement moderniser l'Assemblée. Maintenant, j'invite M. Taquet à être un peu prudent. Quand il dit que l'Assemblée est prête pour 350 députés, je lui dis 'cher collègue, halte-là, attention danger'. Que l'on diminue de plusieurs dizaines le nombre de députés, ce n'est franchement pas un problème, mais descendre à 350 si on a une part de proportionnelle, ça veut dire que les territoires seront moins représentés.

Là où aujourd'hui on a quatre circonscriptions, on en aura plus que deux. On aura une quinzaine de départements où on n'aurait qu'un seul député. Ça ne permet pas une représentation équilibrée des sensibilités et ça veut dire que le pauvre élu doit être par monts et par vaux alors que les gens veulent justement voir des élus de proximité. C'est le paradoxe".

Propos recueillis par Paulina Benavente