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La diplomatie française en slip

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

C’est Christine Lagarde et non Michèle Alliot-Marie qui conduit ce mardi la première visite officielle française en Tunisie depuis la chute de Ben Ali. Au-delà du discrédit personnel de la ministre, cela symbolise une politique étrangère qui a perdu la tête.

Si l’on envoie la ministre de l’Economie, c’est peut-être parce que notre politique étrangère est en quasi-faillite. Tout le monde sait que la France a trop tardé à soutenir la révolte tunisienne et depuis, les bévues s’accumulent : avec les explications peu convaincantes de MAM sur ses vacances en Tunisie, puis le long silence sur l’Egypte, le retard à l’allumage sur la situation en Libye. Et maintenant l’incident navrant qui a opposé notre ambassadeur à Tunis à des journalistes, qu’il a traités avec beaucoup de mépris pour quelqu’un dont la mission consiste justement à rétablir la confiance envers la France.

Cet ambassadeur, Boris Boillon, est un protégé de Nicolas Sarkozy. Serait-ce donc la faute du président ?

Sa faute, peut-être pas, mais sa responsabilité. C’était en effet un conseiller de l’Elysée, il a un style qui plait à Nicolas Sarkozy – très série télé américaine : lunettes noires, allure sportive, ambition assumée. Il est jeune et prometteur mais là, il est sûr que si on ne venait pas de virer le précédent ambassadeur et si sa ministre de tutelle avait encore un peu d’autorité, il n’aurait pas fait long feu à Tunis. Au lieu de cela, Boris Boillon est devenu une star d’Internet puisque sa photo en maillot de bain est un must depuis que Marine Le Pen a décidé d’en faire une affaire. Elle exagère, bien sûr – c’est infiniment moins grave que son dérapage. Mais ce qui frappe, c’est que cet ambassadeur en petite tenue est en réalité le représentant parfait d’une diplomatie arrogante mais… en slip ! Au moment où Nicolas Sarkozy préside le G20, c’est une image qui tombe mal.

Cela signerait que les difficultés de la France au Maghreb peuvent faire perdre à Nicolas Sarkozy de l’influence sur la scène mondiale ?

Cela semble évident, d’autant que notre panne diplomatique se mesure bien au-delà du Maghreb : à tout le continent africain, d’abord – Nicolas Sarkozy a lancé en décembre un ultimatum à Laurent Gbagbo pour qu’il renonce au pouvoir en Côte d’Ivoire. Il y est toujours… On l’a vu aussi avec le Mexique, qui n’a pas digéré les appréciations venues de Paris sur l’affaire Florence Cassez. En même temps, nos relations très proches, presque intimes, avec des pays comme le Qatar, le Maroc ou le Gabon (le président Ali Bongo a été reçu hier à l’Elysée), ou nos rapports très complaisants avec la Chine et la Russie, posent des questions pour l’avenir. Si ces régimes-là tombent un jour – quand ils tomberont –, on pourra difficilement redire qu’on ne savait pas qu’ils n’étaient pas des modèles de démocratie…

Si l’on devait dresser un bilan de la politique étrangère de Nicolas Sarkozy, serait-il entièrement négatif ?

Pas du tout. Il ne faut pas oublier sa gestion de la crise en Géorgie, quand il présidait l’Union européenne, ni son rôle moteur dans la création du G20. Sur la Tunisie, il faut être honnête : il n’a pas été moins clairvoyant que Chirac – ni plus aveugle que Mitterrand face à la réunification allemande. Ce qui est gênant, c’est l’impression d’ensemble d’une diplomatie surtout vouée à des objectifs commerciaux : vendre des avions et des centrales nucléaires. Et puisque les affaires étrangères constituent traditionnellement le « domaine réservé » du Président, disons qu’on peut reprocher à Nicolas Sarkozy de se montrer, avec les régimes autoritaires, un peu trop réservé.

Ecoutez ci-dessous « Le parti pris » du mardi 22 février 2011, avec Hervé Gattegno et Christophe Jakubyszyn sur RMC.

Hervé Gattegno