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La logique voudrait que le FN n’ait aucun élu

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC.

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Avec 13,4% des suffrages, le FN maintient ses candidats dans 61 circonscriptions. Marine Le Pen appelle à faire battre plusieurs figures de la droite (et du PS) mais l’UMP refuse toujours tout accord avec elle.

De la logique majoritaire, qui est la clé de notre système politique : la règle qui veut que pour gouverner, un candidat ou un parti doit obtenir la majorité des voix. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas une règle antidémocratique, mais une règle qui privilégie l’efficacité sur la représentativité : nous avons une Assemblée qui ne ressemble pas vraiment à la France mais c’est bien pourquoi elle peut fonctionner, soutenir un gouvernement, adopter des lois. C’est ce système dans lequel le FN n’arrive pas à s’inscrire, encore moins à prospérer. Parce que la seule majorité qu’il arrive à constituer, c’est une majorité… contre lui. Une majorité de rejet.

Est-il est sain qu’un parti dont la candidate a fait 18% à la présidentielle n’ait aucun député ?

Oui si c’est la loi ! Le FN n’a pas d’élus au Parlement mais il en a dans d’autres assemblées : dans les régions (118), dans les départements (2), et même à la proportionnelle, il n’a réussi à faire élire que 3 députés européens – ce n’est donc pas seulement le scrutin majoritaire qui le handicape. Au passage, avec le même système électoral, les écologistes vont obtenir des sièges – sans doute une dizaine – alors qu’Eva Joly n’a fait que 2,3% à la présidentielle. La différence, c’est que les Verts peuvent nouer des alliances, contrairement au FN. En fait, les Le Pen père et fille se sont toujours plaints d’être ostracisés. Ce n’est pas forcément faux – par exemple, François Hollande a reçu tous les chefs des partis pour parler des prochains sommets mondiaux, sauf Mme Le Pen; c’est plus que discutable. Mais c’est sur le fond que le FN se marginalise lui-même : en prônant la sortie de l’euro, la préférence nationale, la peine de mort… Des idées d’intolérance que, quoi qu’on en dise, la plupart des Français refusent – et qui sont en phase avec celles de l’extrême droite européenne, pas avec nos valeurs républicaines.

De plus en plus d'élus de droite évoquent des « valeurs communes » avec le Front national. Ils ont tort ?

Les élus dont on parle ne défendent pas des valeurs ; ils essaient de sauver leur peau. La réalité, c’est que le FN est un parti démocratique (il concourt aux élections, n’appelle pas à la violence) mais pas un parti républicain, dans le sens où sa doctrine contredit les principes d’égalité, de liberté et surtout de fraternité. Donc on peut débattre avec le FN ; sans doute même qu’il faut le faire. Mais je ne vois pas bien ce que des responsables qui se revendiquent gaullistes, libéraux ou démocrates chrétiens auraient de « commun » avec ce parti. On le voit, la campagne de N. Sarkozy a laissé beaucoup de confusion à l’UMP. Pour ceux qui veulent lui succéder, la clarification s’impose : celle qui consiste à affirmer ses vrais principes et à distinguer les fausses valeurs. Y compris dans ses rangs.

Pour écouter Le parti pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 12 juin, cliquez ici.

Hervé Gattegno