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La présidentielle dans le brouillard

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

A quelques jours près, nous sommes à un an de l’élection présidentielle et la situation est confuse à droite comme à gauche. Mon diagnostic : les partis politiques traversent tous une crise d’identité. C’est grave, docteur ?

En tout cas c’est frappant et inhabituel : mis à part le FN, aucun des principaux courants politiques ne sait qui va porter ses couleurs en 2012. A un an du vote, ni la droite ni la gauche n’ont de champions évidents. Par le passé, il y a déjà eu des incertitudes, du suspense d’un côté ou de l’autre mais jamais dans les deux camps en même temps. Cette fois, la multiplication des déclarations de candidatures ou d’intention souligne la panne générale de leadership qui affecte notre système politique et qui se double, en effet, d’un malaise identitaire. L’UMP, le PS, les Verts, le Centre, l’extrême gauche sont tous à la recherche d’un sauveur. Au sens propre : ils ne savent pas à quel saint se vouer. Ça a des effets sur l’électorat, qui est déboussolé. Et ça donne un avantage au FN, qui lui, sait où il va, et derrière qui.

En quoi le fait de ne pas avoir de candidat désigné révèle-t-il une crise d’identité ?

Parce que de toute évidence, ce n’est pas seulement une question de calendrier. Prenez les écologistes : leur problème ne se limite pas à savoir qui de Nicolas Hulot ou Eva Joly est le meilleur pour les représenter ; l’un et l’autre sont des écolos de fraiche date et le parti lui-même est né d’une fusion conçue dans un but électoral, et dont la ligne est pour le moins entortillée. Leur vrai atout, c’est leur notoriété. Le même argument vaut pour Jean-Luc Mélenchon, qui n’est pas communiste mais à qui le PC hésite à confier son drapeau. Et regardez les centristes : Bayrou se croyait propriétaire de la marque, Morin lui en a piqué un morceau et Borloo est prêt à racheter le tout. Difficile de dire ce qui les distingue sur le fond. Entre eux trois, il y a moins de différences politiques que de différends personnels. Bien malin celui qui peut dire comment ils règleront ça.

Nicolas Sarkozy est affaibli mais est-ce qu’on ne doit pas quand même considérer qu’il reste le chef de la droite ? Après tout, tous les dirigeants de l’UMP le répètent…

S’ils le répètent, c’est bien que la question se pose ! D’où l’autre événement de la semaine, il est vrai moins médiatique que les annonces de Hulot et de Villepin mais autrement significatif : la quasi déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy devant les députés UMP, mercredi à l’Elysée. Du jamais vu : Valéry Giscard d'Estaing (1981) et François Mitterrand (1988) avaient annoncé qu’ils se représentaient en mars, Jacques Chirac en février (2002). Sarkozy le fait un an avant parce qu’il doit montrer à ses troupes qu’il n’y a d’espace, ni d’espoir, pour personne d’autre. Mais plus sa cote décline, plus la question se posera. D’autant que le cap qu’il a choisi, à droite toute, ne fait pas l’unanimité à l’UMP. On en revient à la question de l’identité : faut-il choisir un candidat pour sa capacité à gagner ou pour les idées qu’il défend ?

La question se pose dans les mêmes termes pour les socialistes…

Exactement. Le défaut de leadership et l’absence d’un vrai corpus politique sont patents au PS depuis l’échec de Lionel Jospin en 2002. Martine Aubry les a aidés à définir un socle commun, c’est le projet qui a été adopté. Mais il reste pas mal d’ambigüités à lever… et une rivalité de personnes, avec un facteur de confusion supplémentaire : le suspense autour de la candidature de Dominique Strauss-Kahn. Comme il reste le favori des sondages, les socialistes sont suspendus à ses lèvres, pour quelques semaines encore. Ensuite, ils auront les primaires pour départager les prétendants. Ni l’UMP ni les centristes ne peuvent en dire autant. Ils vont peut-être le regretter ! Pour soigner les crises d’identité, rien ne vaut l’air de la campagne... électorale, bien sûr !

Ecoutez «le parti pris» du vendredi 15 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin:

Hervé Gattegno