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Le candidat du changement doit d'abord changer... lui-même

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h25 sur RMC.

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François Hollande sera le candidat du PS à l'élection présidentielle de 2012. Mais avant d'arriver sur le perron de l'Élysée, le candidat du changement va devoir changer lui-même.

Il y a toujours un doute sur quelqu’un qui est candidat à une fonction qu’il n’a jamais exercée – a fortiori si c’est la fonction la plus haute. Nicolas Sarkozy aussi a eu droit à ce procès avant 2007. Mais il est vrai que, en termes de crédibilité et d’expérience, François Hollande a un handicap plus important : lui n’a jamais été ministre, il n’a dirigé que le PS et, depuis quelques années, la mairie de Tulle et le Conseil général de Corrèze – ce qui ne prédispose pas à devenir un condottiere de la politique. Le vote d’hier ne lui donne pas une stature par magie ; mais il lui donne une force, une légitimité. Maintenant, il a 7 mois pour prendre une autre dimension. Sur ce qu’il a montré durant la campagne, il en a besoin.

Il a quand même réussi à maintenir son statut de favori jusqu'au bout et tous ses concurrents se sont ralliés à lui. C'est quand même une performance ?

Tout le monde est derrière lui mais les difficultés, elles sont devant lui. François Hollande a su convaincre les électeurs de gauche qu’il était le mieux à même de battre Nicolas Sarkozy. Il lui reste à convaincre les Français qu’il peut faire un bon président. Pour cela, il doit montrer qu’il a pris la mesure des problèmes du pays et qu’il a des solutions à proposer. Il a passé trop de temps, durant sa campagne, à louvoyer et à ergoter pour éviter de se découvrir – c’est pourquoi les allusions à la « gauche molle » ont fait mouche. Il doit sortir des ambiguïtés et des tactiques pour être un vrai leader, un vrai homme d’Etat. C’est-à-dire quelqu’un qui a non seulement du talent mais aussi du caractère.

Est-ce qu'il va devoir imposer aux socialistes son propre programme, à la place du projet du PS ?

C’est un des problèmes. François Hollande a voté le projet du PS mais tout le monde sait qu’il a pris un coup de vieux parce que la partie économique a été écrite avant le plus fort de la crise. Ça peut lui donner un argument pour le réviser. La question, c’est : dans quel sens ? Il a déjà intégré des mesures plus radicales contre les banques et contre les licenciements, mais pour le reste, il a autour de lui des socialistes qui pensent des choses très différentes sur la retraite, le nucléaire, les emplois aidés, l’Europe… Quand il dirigeait le PS, sa nature l’a toujours conduit à chercher des synthèses artificielles pour donner l’apparence de l’unité – c’est pourquoi le PS a tant tardé à trancher ses débats de fond. Maintenant qu’il est candidat, si Hollande fait du Hollande, c’est le flou assuré.

De ce point de vue, est-ce que le retour de Martine Aubry à la tête du PS est une bonne chose pour lui ?

Hier soir, elle n’a pas donné le sentiment de vouloir contester sa légitimité – et d’ailleurs, son discours ne manquait pas d’élégance. Mais il n’est pas dit que le naturel ne reviendra pas au galop pendant la campagne. Le vote d’hier donne la main à François Hollande mais avec un écart qui est loin d’un raz-de-marée quand même. Là encore, c’est à lui d’imposer ses priorités, ses idées, peut-être ses hommes, en tout cas son tempérament à des gens qui, pour le connaître depuis longtemps, savent qu’il a du mal à décider. Jusqu’ici, il a fait illusion. Dorénavant, il devra faire impression.

Ecoutez ci-dessous le "Parti pris" de ce Lundi 17 octobre 2011 avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin :

Hervé Gattegno