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Le candidat Morin ne passera pas l’hiver

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, tous les matins à 8h20 sur RMC.

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Hervé Morin a rendez-vous ce vendredi à l’Elysée avec un conseiller de N. Sarkozy - c’est le site du Point qui nous l’a appris ce jeudi. Est-ce le prélude au retrait de sa candidature ? Mon parti pris : Morin, le candidat qui ne sert à rien.

C’est sa situation qui est rude. Il n’y a pas besoin d’avoir des dons de voyance pour prédire qu’Hervé Morin ne figurera pas au 1er tour de la présidentielle. Pas seulement parce que les sondages l’annoncent, il faut quand même en tenir compte : aucun institut ne lui a accordé plus de 1% depuis qu’il s’est déclaré. La plupart des grands élus de son parti (il n’en a pas des milliers) non seulement ne le soutiennent pas mais l’exhortent même à se retirer. Et puis au-delà des chiffres, une candidature doit être fondée sur une crédibilité personnelle et un projet politique original. Sans vouloir faire injure à Hervé Morin, il n’a ni l’une ni l’autre. Il se présente en « candidat des classes moyennes » mais c’est surtout un candidat très moyen.

Est-ce que malgré tout, il ne représente pas une famille politique qui a sa place dans l’élection présidentielle ?

Dans l’absolu, c’est vrai. Il y a toujours eu un candidat centriste à la présidentielle et en gros, ce courant-là représente au moins 15% des voix. Le pari d’Hervé Morin, c’était que le virage droitier de Nicolas Sarkozy rebuterait cet électorat modéré et que, de l’autre côté, François Bayrou et François Hollande ne pourraient pas le rallier entièrement, même à eux deux, parce qu’une partie de ces voix sont ancrées à droite. C’était de la tactique politique plus que de la haute stratégie mais il arrive qu’une élection se joue sur ce type de calcul. Le problème, c’est que Morin s’est trompé sur tout. Il a surestimé ses propres forces ; sous-estimé à la fois N. Sarkozy et F. Bayrou ; et surtout, il a commis une énorme faute en annonçant d’emblée qu’il soutiendrait N. Sarkozy au 2ème tour. A partir de cet instant, sa candidature qui était sans espoir est devenue sans objet.

Donc la cause est entendue : il se retire ?

H. Morin n’a pas tous les défauts : il s’est certainement vu plus habile et plus crédible qu’il ne l’est, mais ce n’est pas un mégalomane, un obsédé du pouvoir. Il avait prévenu ses proches que s’il n’était pas à 5% fin janvier, il se reposerait la question ; 5%, c’est le seuil en dessous duquel les dépenses de campagne ne sont pas remboursées. Comme quoi, on peut croire à ses idées sans vouloir risquer la ruine. Il y a des précédents : Philippe De Villiers, Alain Madelin, eux aussi venus de l’ex-UDF et laminés par une présidentielle. Hervé Morin a bien compris qu’il était loin des 5%. Et qu’il vaut mieux qu’il négocie maintenant une sortie à peu près honorable plutôt que d’aller seul à la catastrophe. En politique, il arrive que le ridicule tue. C’est même le seul cas où aucune résurrection n’est possible.

Qu’est-ce qu’il peut encore négocier avec Nicolas Sarkozy contre son retrait ?

La survie de son mouvement : des députés. Donc des circonscriptions où l’UMP soutiendra les candidats du Nouveau Centre. C’est un prix qui peut paraître élevé pour le retrait d’un candidat si famélique. Mais l’Elysée est disposé à faire un effort. Parce que N. Sarkozy redoute de plus en plus la montée de Marine Le Pen. Et que pour éviter le risque d’un 21 avril à l’envers, sa priorité absolue, c’est de faire le plein des voix de droite au 1er tour. Ça montre que N. Sarkozy envisage un printemps difficile. Et ça explique pourquoi la candidature d’Hervé Morin ne passera pas l’hiver.

Ecoutez ci-dessous le "Parti Pris" d'Hervé Gattegno de ce jeudi 19 Janvier 2012 :

Hervé Gattegno