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Le choix à la Ponce Pilate de l'UMP et du PS

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Le FN sera présent au 2ème tour des cantonales dans 206 cantons. Ni l’UMP ni le PS n’ont voulu clairement appeler hier soir à la constitution d’un « front républicain » contre l’extrême-droite. Un choix à la Ponce Pilate...

On avait dit d’avance que ces élections cantonales seraient difficiles à commenter. Donc c’est vrai que le taux d’abstention monstre rend l’interprétation des chiffres très difficile et même périlleuse. Mais en revanche, on peut lire dans l’attitude des partis – et surtout des deux grands partis que sont l’UMP et le PS – une forme de renoncement qui est inquiétante. Ce qui n’est pas contestable dans les chiffres, c’est la montée du FN. Et ce qui malheureusement crève les yeux dans la conduite des états-majors, c’est le choix tacticien de ne pas choisir. Martine Aubry a quand même appelé à faire barrage au FN, mais Jean-François Copé, lui, a été encore moins clair. Ce n’est pas glorieux.

Pour quelles raisons l’UMP et le PS ne veulent-ils pas d’un « front républicain » ?
Parce qu’ils ont peur qu’en étant sur la même position de rejet à l’égard du FN, ils ouvrent un boulevard à Marine Le Pen pour la présidentielle. Ils ont peur que l’électorat radicalisé, « extrêmisé » qui se tourne vers le FN n’en arrive à considérer qu’il y a une frontière infranchissable entre les partis traditionnels et le FN ; autrement dit, que le vote Le Pen est un aller sans retour. Donc l’UMP comme le PS veulent laisser la porte ouverte. On comprend bien que le PS ne veut plus être condamné à aider la droite comme en 2002 après le 21 avril. C’est plus hasardeux pour l’UMP quand on observe les chiffres. Le fameux effet de « siphon » qui avait si bien réussi à Nicolas Sarkozy en 2007, il joue cette fois en sens inverse.

Est-ce que Nicolas Sarkozy s’est trompé de stratégie en focalisant le débat sur les thèmes du FN ? Est-ce que c’est cette tactique-là qui a fait monter l’extrême droite ?
Tout porte à le croire. Mais Nicolas Sarkozy, lui, a une vision différente. Depuis des mois, il observe que dans toute l’Europe, la droite se radicalise et l’extrême-droite se renforce. Donc quand il lance le débat sur l’Islam ou que Claude Guéant constate – avec des mots qui ne sont pas choisis au hasard – qu’une partie des Français « ont le sentiment de ne plus être chez eux », il veut montrer à cet électorat radicalisé, « extrêmisé », qu’il y a des convergences possibles. Pour que dans une élection présidentielle, quand il faudra choisir entre la gauche et la droite, ce soit lui, Nicolas Sarkozy, qui récupère ces voix au second tour. C’est, au sens propre du terme, un calcul. Si vous comptabilisez le FN dans le rapport gauche-droite, il y a deux blocs presque égaux. Si vous rejetez le FN hors du champ républicain, que vous ne le comptez pas, alors la gauche est largement majoritaire.

Des personnalités de droite ont déjà appelé à voter pour le PS contre le FN. Est-ce que le « front républicain » ne va pas s’imposer malgré tout ?
C’est probable. C’est souhaitable. Ça voudrait dire que la raison l’emporte sur l’arithmétique. Elle a d’ailleurs commencé à s’imposer à gauche aussi, visiblement contre l’idée qui avait été retenue au départ par la direction du PS. A l’UMP, le malaise crevait les yeux. Quand Jean-François Copé a dit qu’il n’y avait pas de valeurs communes entre l’UMP et le FN mais qu’il n’a cité en exemple que l’euro et les sujets économiques, on avait un peu honte pour lui. Nicolas Sarkozy, lui, était parti se coucher. Pour une fois qu’il choisit le silence, je ne crois pas que ce soit le bon choix.

Ecoutez « Le parti pris » de ce lundi 21 mars avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin:

« Le choix à la Ponce Pilate de l'UMP et du PS »

La Rédaction, avec Hervé Gattegno