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Le double échec de Nicolas Sarkozy

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC.

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Au lendemain du 1er tour, retour sur le score de Nicolas Sarkozy (27,18%). Pour moi, c'est un double échec pour le président-candidat, qui s'est trompé sur toute la ligne...

Nicolas Sarkozy est un expert de la politique. Il avait fixé lui-même ses objectifs : pour être en position de gagner, il devait être en tête et proche de son score de 2007 (31,2 %). Il n'a réussi ni l'un ni l'autre. Le symbole fort, c'est même qu'il est le seul président sortant à ne pas arriver en tête au premier tour. On a souvent comparé cette élection à celle de 1981 : Giscard, lui, était arrivé en tête (28,3 %) et, malgré cela, il avait perdu. Quoi qu'il se passe maintenant, c'est donc une sanction pour Nicolas Sarkozy - pas seulement celle d'une stratégie électorale, mais aussi celle d'une présidence. C'est pourquoi il n'est pas favori - ni même vraiment challenger, mais outsider.

Cela veut dire que sa stratégie de droitisation, destinée à attirer à lui l'électorat du FN, n'a pas fonctionné ?

Dans l'absolu, Nicolas Sarkozy ne fait pas un si mauvais score. Mais la radicalisation de son discours et la focalisation sur les sujets habituels de l'extrême droite l'ont conduit dans l'impasse. L'inspirateur de cette tactique, on le sait, c'est son conseiller Patrick Buisson (lui-même ancien d'extrême droite), qui défendait le positionnement du "candidat du peuple" et qui plaidait que les valeurs défendues par Nicolas Sarkozy dans cette campagne étaient majoritaires dans l'opinion - comme s'il pouvait refaire la campagne de 2007. Sauf que, cette fois, l'électorat populaire a délaissé, et même sanctionné Nicolas Sarkozy. Et pourtant, ce durcissement idéologique, il ne date pas de la campagne : il remonte au discours de Grenoble, à l'été 2010, et il aura marqué en profondeur le quinquennat de Nicolas Sarkozy - avec l'insistance sur la délinquance étrangère, l'islam, l'assistanat... Avec ce résultat, on peut dire qu'en 2007 Nicolas Sarkozy s'était montré très adroit ; en 2012, il s'est porté trop à droite.

Comment peut-il faire pour espérer inverser la tendance d'ici au second tour ?

Son équation est quasiment insoluble : il a besoin à la fois d'une large part des électeurs de Marine Le Pen et de tous ceux de François Bayrou. Or, on sait bien que ce qu'il faut dire pour attirer les premiers est incompatible avec ce qu'il faut dire pour complaire aux seconds. Le seul choix possible pour Sarkozy est de marteler le thème des "valeurs" qui distinguent la droite de la gauche ; pour convaincre les électeurs de Marine Le Pen et de François Bayrou de faire un choix, non pas en sa faveur, mais contre François Hollande. Le problème, c'est ce que ça lui interdit le recentrage qu'il avait envisagé à l'origine. Il doit s'adresser par priorité à ceux qui ont voté Le Pen, puisqu'ils sont les plus nombreux. Il est donc condamné à continuer sa campagne sur la même ligne. Son axe pour le second tour, c'est : on ne change pas une tactique qui perd.

Ecoutez ci-dessous le podcast intégral du Parti Pris d'Hervé Gattegno ce lundi 23 avril :

Hervé Gattegno