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Le procès de Chirac

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Chirac n'a pas perdu la mémoire ; les Français non plus ! Toute ironie mise à part, je crois utile de redire ici que le procès de Jacques Chirac est absolument nécessaire. Et légitime.

Pas pour étancher une soif malsaine de condamnation qui relèverait de la vengeance ou d'une forme de régicide, mais parce qu'il est sain, en démocratie, que les citoyens sachent que n'importe qui peut être jugé - même celui qui a eu, temporairement la charge de l'État. C'est même la condition indispensable pour que l'immunité du président soit acceptable, socialement et politiquement supportable. Tant qu'il est à l'Élysée, il est hors de portée de la justice ; dès qu'il en sort, il peut être jugé. C'est le théorème essentiel. Le reste, c'est du baratin. Y compris le débat sur l'état de santé de Jacques Chirac.

Si la confusion est entretenue autour de la question médicale, rien ne permet de dire que Jacques Chirac veut éviter le procès. Il a répondu à de multiples convocations chez les juges, il a revendiqué sa responsabilité pour "couvrir" ses anciens collaborateurs et il a indemnisé la Ville de Paris pour les emplois fictifs : ce n'est pas l'attitude de quelqu'un qui cherche à se défausser. Alors, la question de sa santé, elle se pose quant à sa capacité à comparaître à l'audience et à se défendre - pour un procès de cinq semaines, donc quinze demi-journées en réalité. Mais même s'il n'a pas toute la lucidité requise, ça n'empêche pas qu'il soit jugé. Le plus probable, c'est qu'il viendra tant qu'il pourra, et qu'ensuite le procès se déroulera sans lui. Ça fera de moins bonnes images pour la télévision, mais on s'en passera.

S'il est réellement malade, pourquoi son entourage ne souhaite pas le dire ? Le mythe présidentiel est si fort que le chef de l'État ne peut pas être diminué - du moins, on ne veut pas le reconnaître. On l'a vu avec Pompidou, Mitterrand, Chirac lui-même. Leurs maladies ont été couvertes par le secret d'État pour préserver leur pouvoir. Même quand ils n'étaient plus tout à fait en mesure de l'exercer. C'est comme si la fonction devait immuniser à vie celui qui l'a exercée - sinon contre la justice, au moins contre la maladie. Le procès de Chirac va aussi permettre de mesurer que les présidents sont des mortels. Et des justiciables.

Le procès de Chirac

Hervé Gattegno