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Les bleus ne représentent pas la France !

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Dans «l’affaire des quotas» à la Fédération française de football, les champions du monde de 1998 se déchirent, Laurent Blanc est contesté et la ministre des Sports s’en mêle. Pourtant cette polémique n’a pas lieu d’être, car les Bleus ne représentent pas les Français.

Je n’ai pas envie d’entrer dans ce débat un peu dégradant, pour savoir si Laurent Blanc et les dirigeants du foot sont des racistes. Je ne le crois pas, principalement parce que ce que je sais du monde du football, c’est qu’on y est surtout préoccupé de gagner des matchs et de l’argent. Mais ce que je trouve déplacé, indécent même, c’est la sacralisation de l’équipe de France qui sert de point de départ à ce débat enflammé. On postule que la Fédération et les Bleus devraient être irréprochables parce qu’ils seraient l’incarnation de la France et pour certains même : « de la Nation ». Eh bien j’adore le foot, mais je ne suis pas d’accord avec ce postulat. La sélection nationale n’est pas la représentation nationale. Les joueurs ne sont pas nos élus. Encore moins nos modèles.

Pourtant l’équipe de France représente le pays lors des compétitions internationales ?

Oui, mais pas dans la vie, ni dans le débat d’idées. C’est vrai que la victoire en coupe du monde en 1998 avait soulevé un vrai enthousiasme, et que le sport peut provoquer des moments de communion, quand le chauvinisme devient une forme de patriotisme. Mais j’ai toujours trouvé démagogiques et niais les commentaires sur cette équipe « black-blanc-beur » censée être à l’image de la France. Il n’y a pas que la couleur de peau : ces jeunes millionnaires qui roulent en Ferrari, passent leur temps sur des jeux vidéo et sont sponsorisés des pieds à la tête, n’ont rien de commun avec l’immense majorité des Français (salaire moyen : 1300 €). Ça ne me dérange pas que ces champions gagnent des fortunes. Mais je ne me sens pas engagé par ce qu’ils font, par ce qu’ils disent. C’est pourquoi je leur reconnais le droit d’être médiocres, d’avoir des pensées absurdes et des expressions malheureuses. Et j’ai l’impression que dans cette affaire, c’est ce qui s’est passé.

Pourtant, beaucoup ont été indignés par le comportement des joueurs français en Afrique du Sud...

Bien sûr. Mais ils se sont déshonorés eux-mêmes, je ne me suis pas senti déshonoré. Tout le monde se rappelle dans quelles conditions ils s’étaient qualifiés. Grâce à un but qui n’était pas valable. Si l’équipe représentait vraiment le pays et ses valeurs, elle aurait dû renoncer à sa place en Coupe du monde et il y aurait eu de la grandeur à la faire. Mais quand Zidane a gâché la finale en 2006 avec son coup de tête, est-ce qu’il représentait les Français ? Quand Deschamps, en 1998, a dédié la victoire des Bleus à Bernard Tapie, est-ce qu’il l’a fait en notre nom à tous ? Non. A vrai dire, l’équipe de France n’est pas plus la vitrine de la France que le groupe Renault, empêtré dans sa minable affaire d’espionnage bidon, ou que le film « Bienvenue chez les Ch’tis », une farce assez navrante.

Autrement dit : faut-il se désintéresser de toute cette affaire de quotas dans le foot ?

Disons qu’il faut arrêter de surjouer l’indignation comme des supporters quand l’arbitre siffle un hors-jeu. Les quotas dont on parle seraient impossibles à mettre en place et en tout cas illégaux. Donc il n’y a pas de quoi s’affoler. Ce que cette affaire révèle, c’est : 1. Que le foot français est dirigé par des beaufs ; 2. Qu’on ne peut plus dire des âneries dans une réunion sans risquer de les voir publiées sur internet. Personnellement, je trouve le second point plus préoccupant que le premier.

Ecoutez «le parti pris» du vendredi 6 mai avec Hervé Gattegno et Jean-Jacques Bourdin sur RMC:

Hervé Gattegno