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Les policiers de la protection des personnes en surchauffe à cause du dernier remaniement

INFO RMC - En passant de 32 à 38 membres, le gouvernement Valls 3, le plus étoffé du quinquennat, sollicite davantage de policiers du Service de la protection des personnes (SDPP). Mais ce service travaille déjà à flux tendu et tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme.

C’est un gouvernement à l'"assise élargie", comme l’a revendiqué Manuel Valls, le 11 février dernier, mais aussi l’équipe la plus conséquente depuis l’accession au pouvoir de François Hollande en 2012. Au total, le gouvernement Valls 3 est composé de 38 ministres et secrétaires d’Etat. Concrètement, ce remaniement a créé quatre nouveaux ministères et deux nouveaux secrétariats d'Etat. Et tout ceci n'est pas sans conséquence, notamment d'un point de vue sécuritaire.

En effet, avec ce remaniement, ce sont six personnes supplémentaires à protéger, ce qui nécessite 24 officiers de sécurité. Auxquels il faut ajouter les quatre policiers désormais mobilisés auprès de Christiane Taubira, l’ex-garde des Sceaux, et deux supplémentaires qui sont récemment venus renforcer la protection de Bernard Cazeneuve. Cette charge de travail supplémentaire devient ingérable pour le service, les cadences infernales ne datant pas d'hier: des journées de 15h, des semaines entières sans un jour pour souffler…

Des missions de complaisance puisent dans les effectifs

Selon le syndicat de police Alliance, certains officiers accumulent 10.000 heures supplémentaires, ce qui a des conséquences sur leur vigilance mais aussi leur moral. Autre raison de la colère dénoncée par les syndicats de police, mais aussi plusieurs responsables de la police nationale: des missions de complaisance qui puisent dans les effectifs. En clair, des personnalités bénéficient d'une protection davantage grâce à leurs relations qu'en raison de la menace qui pèse sur eux. Tel cet ancien ministre qui trouve pratique d’appeler son officier de sécurité pour se faire amener à la gare à 600 m de chez lui mais qui ne souhaite pas l’avoir dans les pattes le week-end.

Ou encore cet avocat médiatique qui se fait régulièrement déposer à son cours de tennis tout proche alors qu'il préfère être seul pendant ses promenades à vélo... Les policiers appellent ça faire "la Uber Police". La direction générale travaille actuellement à réduire le nombre de personnes qui bénéficient d’une protection. Mais rien n’est encore fait et il va falloir du courage pour faire face aux pressions politiques en assumant la responsabilité de lever un dispositif de sécurité.

Seulement 70 candidatures cette année

Toujours est-il qu’aujourd’hui le prestigieux service fait moins rêver qu’avant et peine à recruter. Seulement 70 candidatures cette année contre des centaines il y a quelques années. En revanche, le niveau d'exigences technique et physique lui est toujours aussi élevé. La preuve: seuls 23 candidats ont réussi les tests d’aptitude le mois dernier alors que le service attendait 50 nouvelles recrues en renfort le mois prochain.

Il faudra attendre novembre pour les prochains recrutements. Mais entretemps, le SDPP devra gérer plusieurs évènements gourmands en terme d’effectifs pour le service, tels que l’Euro de foot, les commémorations du centenaire de la bataille de Verdun ou encore la campagne présidentielle… C'est pourquoi, le syndicat Alliance demande notamment la création d'une réserve de policiers ayant passé les tests d’aptitudes au SDPP et mobilisables en cas de besoin.

Fouad El Rharraz, porte-parole du syndicat de police Alliance pour le Service de la protection (SDLP) dénonce les conséquences du remaniement sur son service:

"Suite au remaniement ministériel, des missions s'ajoutent aux missions actuelles mais aucune mission n'est supprimée. Dès lors, si on n'a pas de renforts, le service va être complètement bloqué par manque d'anticipation. On est déjà sur un rythme de travail très élevé avec de grandes amplitudes horaires. Quand on a 10-12-15 heures par jour, sur parfois plusieurs semaines d'affilé, l'attention baisse. Et au-delà du risque d'épuisement et d'accident au travail, il y a un vrai risque psycho-social".
M.R avec Claire Andrieux