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Les présidents n'ont pas d'amis

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi.

« Le Parti pris » d'Hervé Gattegno, c'est tous les matins à 7h50 sur RMC du lundi au vendredi. - -

Brice Hortefeux a quitté hier lundi le ministère de l'Intérieur - pour être remplacé par Claude Guéant. Avec Michèle Alliot-Marie, il est l'autre victime du remaniement de dimanche. Mais il y a dans son limogeage une part d'injustice...

Dans la sanction qui est infligée à Brice Hortefeux, il y a quelque chose d'assez fort, d'assez émouvant même. C'est un de ces moments où l'on voit que la politique ne laisse qu'une part infime aux sentiments. Michèle Alliot-Marie juge que le sort qui lui est fait est injuste, mais elle a au moins pu annoncer elle-même sa démission. Brice Hortefeux, lui, a été débarqué par Nicolas Sarkozy dimanche soir sans un seul petit mot personnel. C'était rude. Que, en plus, son éviction résulte des conditions qui ont été posées par Alain Juppé doit ajouter au supplice. Symboliquement, c'est l'arbitrage de Nicolas Sarkozy en faveur du plus éminent des chiraquiens, contre le plus méritant des sarkozystes. C'est surtout l'application d'un principe très machiavélien : les présidents n'ont pas d'amis. Ou plutôt : quand ils en ont, c'est pour s'en servir.

Vous ne croyez pas qu'Hortefeux soit surtout écarté parce qu'il a échoué ?

Je ne crois pas qu'il ait plus échoué que la plupart de ses prédécesseurs à ce poste. Si on se fie aux statistiques de la délinquance, elles ont plutôt baissé ; si on n'y croit pas, il n'y a pas de raison de le juger lui plus mal que les autres. Le problème principal, on le sait, ce sont les violences contre les personnes, qui ne cessent d'augmenter depuis 30 ans - en France comme d'ailleurs dans la plupart des pays occidentaux. Nicolas Sarkozy lui-même n'a pas réussi à enrayer cette progression quand il était ministre de l'Intérieur. Donc, disons-le clairement, si Brice Hortefeux est jugé sur ses résultats en matière de sécurité, je crois qu'il est victime d'une certaine injustice.

Il paie aussi pour ses excès de langage et les condamnations judiciaires qu'ils ont entraînées...

Qu'il en paie le prix en termes d'image, c'est certain, mais on n'a jamais vu un ministre de l'Intérieur populaire - à part Nicolas Sarkozy. Les titulaires du poste les plus illustres, de Raymond Marcellin à Charles Pasqua en passant par Michel Poniatowski, Pierre Joxe ou Jean-Pierre Chevènement, ont toujours joué les pères Fouettard. Comme eux, Brice Hortefeux a fait le sale boulot. Évidemment, sa blague sur les Maghrébins et les Auvergnats était lamentable, et c'est vrai qu'être condamné pour injure raciale quand on est, par fonction, le défenseur des libertés publiques, ça fait mauvais genre. Pour le reste, dans la critique des juges, dans le soutien (parfois excessif et corporatiste) aux policiers, dans le discours répressif, il a surtout péché par excès de zèle - de zèle sarkozyste. Comme Nicolas Sarkozy pouvait difficilement lui dire merci... il l'a remercié !

On l'annonce déjà à l'Élysée dans un rôle de conseiller spécial. Ça veut dire que sa disgrâce n'en est pas tout à fait une ?

Disons que Nicolas Sarkozy sait qu'il aura encore besoin de lui. Et que, symboliquement, se défaire de quelqu'un qui lui est aussi proche, c'est une forme d'automutilation politique puisque ça revient à se couper le bras droit. Il n'empêche que la mise à l'écart d'Hortefeux marque surtout la fin du sarkozysme historique. Et l'avènement d'un sarkozysme nouveau, plus feutré, plus composite, pour tout dire plus chiraquien. Il y a déjà un signe qui ne trompe pas : il y a trois ans, on aurait considéré qu'être conseiller à l'Élysée, c'était avoir infiniment plus de pouvoir qu'être ministre. Aujourd'hui, on voit bien que c'est le contraire. C'est aussi une façon de mesurer que, peu à peu, le pouvoir de Nicolas Sarkozy s'effiloche.

Écoutez le « Parti pris d'Hervé Gattegno » de ce mardi 1er mars :

Hervé Gattegno