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Mieux vaudrait un président modeste qu'un président normal

Le Parti Pris d'Hervé Gattegno, du lundi au vendredi à 8h20 sur RMC.

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François Hollande a dit qu’il ne voudrait pas habiter à l’Elysée et qu’il compte voyager en train, dans la droite ligne de ses propos sur le « président normal ». Mais il y a des contresens riches… de sens.

En théorisant le « président normal », F. Hollande n’a pas voulu dire qu’il faut un homme ordinaire pour exercer une fonction extraordinaire. Le bon terme serait : un président simple. C’est-à-dire un homme qui reste insensible aux vertiges du pouvoir. Un chef d’Etat « normal », c’est le contraire : ce serait un président comme les autres, un monarque républicain de plus, qui plonge avec délice dans le bain sacré de l’autocratie française, avec la concentration des pouvoirs qui la caractérise. Comme souvent chez F. Hollande, il y a donc une équivoque dans les mots, peut-être une équivoque sur le fond. Pour lever le doute, il faut des actes.

François Hollande ne serait pas sincère dans sa volonté de garder une vie normale tout en étant président ?

Je ne fais pas de procès d’intention. Baisser le salaire du président, c’est un symbole – pourquoi pas. Prétendre continuer à habiter son appartement, c’est de la pure démagogie. Il y a à l’Elysée un logement pour lui et sa famille – pour qu’il puisse vivre et travailler au même endroit et parce que le bâtiment est sécurisé. Protéger tout le quartier autour de son immeuble, ça coûterait bien plus cher au contribuable ! Quant à l’idée de prendre le train, on se demande où est l’intérêt de voyager moins vite, dans des conditions moins sûres – d’autant qu’il faut toujours un avion qui le suive, car le président doit en permanence pouvoir rentrer à Paris au plus vite. Donc attention à ce que le « normalité » ne conduise pas à des énormités…

Il ne faut rien changer aux habitudes monarchiques françaises ?

Au contraire ! Il faut aller au-delà des mots. La priorité n’est pas de rendre la présidence « normale » mais d’en diminuer les pouvoirs : réduire son ascendant sur le Parlement, diviser par dix la liste des nominations présidentielles, lui enlever toute attribution dans le domaine de la justice, restaurer la responsabilité du premier ministre, etc. Quoi qu’on en pense, N. Sarkozy a pris quelques décisions qui allaient dans le sens d’une démocratisation – contredites par sa pratique. Les intentions affichées par F. Hollande donnent l’impression de la simplicité, mais en fait, elles révèlent, d’une autre façon, la même ambition de façonner la présidence à sa mesure. C’est une façon bien immodeste de prêcher la modestie.

Un mot sur sa compagne, Valérie Trierweiler ; elle dit (dans une interview au Times de Londres) qu’elle ne « sera pas une potiche ». Elle a raison ?

Personne ne lui demande d’être une potiche – ni quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs. En France, il n’y a pas de statut de « 1ère dame » et c’est bien ainsi. La surexposition de la famille est l’un des avatars les plus déplaisants de la personnalisation du pouvoir – on l’a reproché à N. Sarkozy, à juste titre. Que F. Hollande veuille tenir sa compagne au plus près de lui, on le comprend ; qu’il la tienne au plus loin du pouvoir et de la fonction, ça, ce serait vraiment « normal ».

Pour écouter le Parti Pris d'Hervé Gattegno ce jeudi 10 mai, cliquez ici.

Hervé Gattegno