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Nouvelles du Front à Hénin-Beaumont: "le FN essaie d'intimider l'opposition"

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Dans son livre, Nouvelles du Front, paru le 4 mars dernier, Marine Tondelier, élue écologiste à Hénin-Beaumont, relate le quotidien politique de la ville, dirigée par le Front national depuis 2014. Un quotidien marqué par l'intimidation exercée sur les élus d'opposition et les employés municipaux.

Marine Tondelier est élue EELV à Hénin-Beaumont. Son livre, Nouvelles du Front, est sorti le 1er mars (Ed. Les Liens qui libèrent):

"Quand ils ont été élus en 2014, on savait qu'on avait affaire à des professionnels et donc que l'équipe FN ferait tout pour apparaître comme des gendres idéaux, qu'ils mettraient en avant leur bonne gestion municipale. Mais on savait aussi qu'ils ne pourraient pas s'empêcher d'avoir le naturel qui revient au galop.

Les habitants d'Hénin-Beaumont se rendent compte de la tension qui règne entre la mairie et l'opposition. En revanche, ils ne se rendent pas compte des violences morales envers les employés municipaux et les responsables associatifs. Par exemple, il y a eu le cas d'une employée municipale qui s'est rendu à une braderie un dimanche matin. La fille d'un ancien maire arrive avec ses enfants, les deux femmes discutent. Le lendemain, on lui reproche d'avoir parlé à l'opposition. Les gens sont surveillés sur Facebook.

"Une stratégie de marginalisation"

Le Front national s'immisce dans la vie privée des gens. C'est une stratégie de marginalisation. Le FN voudrait que les gens se détournent sur notre passage, qu'ils n'osent plus nous parler et qu'ils nous traient comme des pestiférés. En faisant ça, ils essaient de nous intimider et de montrer l'exemple de ce qu'il peut arriver aux gens qui affirment trop leur position anti-FN. Et je dois dire que ça marche chez beaucoup de gens.

Je ne suis pas confiante pour la suite. Je vois que le jeu de satisfaire 90% de la population et de dissuader ceux qui ne sont pas d'accord fonctionne. Ils arrivent à énormément communiquer sur ce qu'ils font de bien. Et nous, pour communiquer sur ce qu'ils font de moins bien, on a un peu plus de mal.

Quand je vois les méthodes de management appliquées à Hénin-Beaumont envers la presse, l'opposition municipale, la surveillance sur Internet, je me demande ce que ça peut donner au niveau national? Que se passe-t-il s'ils ont les moyens de la DGSE? Et là ça m'inquiète.

Je ne me laisserai jamais impressionner par ce genre de pratique parce que se laisser impressionner, c'est les laisser gagner une deuxième fois.

Avant je n'arrivais pas à raconter les conseils municipaux, quand on raconte on a l'impression d'être fou. Et puis maintenant je filme en Facebook live les conseils municipaux, donc il y a 5 heures de hurlements. Il y a un moment où on peut vriller tellement c'est hallucinant. C'est un mélange de Dallas et de Baron noir".

Propos recueillis par Paulina Benavente